C’est sous ce slogan que se réunissent à Sao Paulo (Brésil) du 25 au 31 août des déléguées de plus de 40 pays à l’occasion de la 9e Rencontre de la Marche mondiale des femmes (MMF). 150 déléguées, observatrices et invitées d’Afrique, d’Asie, d’Europe, des Amériques et du monde arabe, et 1400 militantes d’Amérique latine participent durant une semaine à des conférences et ateliers de travail pour tirer le bilan de la MMF comme mouvement permanent international et pour définir le contenu politique, les actions et les dates de la quatrième action planétaire prévue en 2015.

Les premiers jours seront consacrés à une série de conférences données dans les trois langues officielles de la MMF (français, espagnol, anglais) : La trajectoire du féminisme en Amérique Latine (Nalu Faria – Brésil, Sandra Morán – Guatémala, Sonia Alvarez – USA)?;Accumulation par dépossession : Travail, Nature et Corps des Femmes (Helena Hirata – France/Brésil, Ariel Salleh – Australie, Malalaia Joya – Afghanistan, Jean Enriquez – Philippines)?; Feminisme et construction d’alternatives (Georgina Alfonso – Cuba, Magdalena León – Equateur, Basma Khalfaoui – Tunisie, Francisca Rodriguez – Chili, Graça Samo – Mozambique).La Marche Mondiale des Femmes comme mouvement incontournable : évaluation des réponses de la MMF au contexte actuel et à l’élaboration d’alternatives (Judite Fernandez – Portugal, Emilia Castro – Québec, Nana Aïcha Cissé – Mali, Clara Carbunar – France, Miriam Nobre – Brésil).

Cette semaine sera aussi consacrée à la définition de la quatrième action internationale (contenu politique, actions et dates). Des échanges d’expériences entre coordinations nationales auront lieu au sein de groupes de travail organisés par langue, avant les plénières où se prendront les décisions. Comme le prévoient les statuts de la MMF, ce sera aussi l’occasion de procéder à l’élection des nouvelles instances dirigeantes. L’assemblée des déléguées choisira aussi le pays qui accueillera le prochain Secrétariat International.

Le féminisme : un projet concret

Pour réaffirmer le féminisme comme un projet concret pour changer le monde et la vie des femmes, cette 9e rencontre de la MMF se terminera le 31 août par une grande manifestation de femmes dans les rues du centre de Sao Paulo. Durant toute la semaine, une Tente de la Solidarité accueillera une exposition Féminisme en marche, avec des projections, des photos et du matériel historique présentant des actions de la MMF dans plus de 60 pays. Des groupes de discussions y sont prévus, notamment avec des militantes du Bengladesh, de Cuba, Grèce, RDC (République démocratique du Congo), République Centrafricaine, Haïti, Guatemala, Palestine, Sahara Occidental et Tunisie-Maroc. Un Marché d’Économie Solidaire Féministe avec la participation de groupes productifs de femmes venues de tout le Brésil sera organisé durant toute la semaine.

Nécessité d’un mouvement féministe, autonome, anticapitaliste et écologiste

Le contexte mondial actuel, les révolutions dans le Monde arabe, mais aussi les mobilisations en Amérique latine montrent à la fois le potentiel énorme des  mouvements populaires révolutionnaires, mais aussi l’urgence d’une réponse féministe cohérente et la nécessité d’un mouvement autonome de femmes, capable d’élaborer démocratiquement ses propres valeurs et de s’opposer efficacement à l’exploitation capitaliste, comme au machisme, à l’homophobie et à la violence partout présents. La crise profonde du système capitaliste et le patriarcat partout dominant génèrent à l’encontre des femmes à l’échelle planétaire des violences inouïes, que seule une auto-organisation des femmes,  soutenue par toutes les forces sociales et politiques solidaires des valeurs féministes pourra contrer efficacement et durablement.

Officiellement lancée le 8 mars 2000, au niveau international lors d’une conférence de presse qui s’était tenue à Montréal, en liaison avec des femmes présentes à New York et à Genève, la Marche mondiale des femmes s’est depuis lors régulièrement développée et renforcée. D’emblée présente sur les 5 continents et affirmée comme une initiative féministe de lutte contre la pauvreté et les violences faites aux femmes, la MMF s’est systématiquement alliée à des mouvements progressistes, tel Via Campesina, ATTAC , les Forum sociaux, Alba (Alliance bolivarienne pour le peuples de notre Amérique), E-Changer et des mouvements pacifistes et antimilitaristes, tel le GSsA en Suisse.

En mettant l’accent sur la formation, le renouvellement des dirigeantes et la construction collective, la MMF s’est engagée sur un chemin difficile, exigeant, mais qui porte ses fruits : par une méthode qui invite chaque coordination nationale à définir une plateforme de revendications propres à lutter concrètement contre la pauvreté et les violences faites aux femmes, à participer aux actions coordonnées sur le plan international et à se donner les moyens d’envoyer si possible trois déléguées dont deux jeunes aux rencontres nationales, régionales et internationales, la MMF est un mouvement vivant, qui s’efforce de s’ancrer socialement tout en restant indépendant.

 

Marianne Ebel