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Le 20 février, une majorité du Grand Conseil a voté une 2e version du budget 2018, concoctée par 6 députés – réunis à deux reprises autour d’un café-croissants.

En décembre 2017, il fallait 69 député-e-s (il n’y en eut que 63) pour accepter le budget en vertu du « frein à l’endettement et aux dépenses ». Ce mécanisme – proposé dans le « Livre blanc » néo-libéral de David de Pury (économiste au 20e siècle) – exige 3/5 des 115 député-e-s pour accepter des dépenses supérieures à 500.000 francs, des réformes fiscales ou une dérogation à ce mécanisme.

Actuellement il y a au Grand Conseil 58 élu-e-s de gauche et 57 élu-e-s de droite. 11 élu-e-s de droite y disposent d’un droit de veto royal. A mon avis, c’est une atteinte sérieuse à la démocratie.

Ce n’est pas la première fois que le canton de Neuchâtel connaît une telle situation. En 1831, Neuchâtel étant alors possession du roi de Prusse, un Corps législatif élu remplaça les anciennes Audiences générales (bricolées en 1814). Mais le Conseil d’Etat put y nommer 10 députés (appelés les « députés du Roi »). En octobre 1831, ceux-ci contribuèrent au refus d’un scrutin populaire sur le statut de Neuchâtel : monarchie ou république.

Des 10 « députés du Roi » aux 11 députés de « Sa Majesté l’empereur Ecu » -terme par lequel le révolutionnaire français Auguste Blanqui (1805-1881) désignait le capital -, il n’existe qu’une unité de différence.

Au 170e anniversaire de la révolution neuchâteloise, faudra-t-il donc redire le mot amer de la communarde Louise Michel (1830-1905) : que la République était belle sous l’Empire…

 

Hans-Peter Renk

Texte paru dans Arcinfo, no (2 mars 2018) sous le titre : Neuchâtelois, encore un effort !

 

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Ce texte a suscité les réactions suivantes sur le site Internet de Arcinfo, l’une émanant de M. Jean-Pierre Hirschi (Cornaux), l’autre de M. Christophe Ummel (président du PLR et conseiller général, La Chaux-de-Fonds) :

 

01.03.18 - 18:16

Il faut vous informer avant d'affirmer, Monsieur, La mesure qui impose une majorité qualifiée pour certains objets, notamment la levée du frein à l'endettement, a été soumise au peuple neuchâtelois par une votation en 2005 et elle a été acceptée à plus de 85%. Regretter et critiquer cette mesure c'est le droit de chacun. Mais la qualifier d'anti-démocratique, c'est grossier. Les parallèles « historiques » que vous tirez, c'est du verbiage.

01.03.18 - 19:30

Voyez-vous M. Ummel, pour un personnage tel que M. Renk tout ce qui ne vient pas de gauche est anti-démocratique. A partir de ce constat toute tentative pour engager un dialogue constructif est vouée à l'échec. Ce qui est désolant sur « Points de vue » c'est que les intervenants ont été soigneusement choisis pour leurs opinions monocolores de gauche.

 

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Ayant pris connaissance du point de vue de M. Ummel, je lui ai envoyé le même jour le message suivant :

 

Le Locle, le 12 Ventôse 226

(2 mars 2018)

 

A l'attention de:

Christophe Ummel

Le Valanvron

La Chaux-de-Fonds

 

Monsieur,

Je lis aujourd'hui votre commentaire à mon point de vue paru dans  Arcinfo, 2.3.2018, point de vue que vous n'appréciez pas. C'est votre droit.

Permettez-moi toutefois de vous observer que:

1) ma comparaison, entre le Corps législatif de 1831 et le Grand Conseil depuis 2005 est parfaitement fondée et vos guillemets à l'adjectif « historique » sont bien malheureux. Les « députés du Roi » ont effectivement fait pencher la balance lors du débat sur l'organisation d'un scrutin à propos du statut politique de Neuchâtel. Votre parti a fait de même en plusieurs circonstances, grâce au mécanisme du frein à l'endettement et aux dépenses ;

2) le résultat de la votation de juin 2005 sur ledit mécanisme ne m'est pas inconnu. J'ai participé à la campagne contre ce mécanisme et figure donc au rang des 15 % de l'électorat, qui l'ont refusé. Dois-je pour autant m'abstenir de continuer à critiquer un mécanisme dont je constate depuis 12 ans les effets négatifs ? 

3) au contraire du « Saint Père qui est à Rome » - déclaré infaillible par le concile Vatican I, en 1870 (mais cette question est hautement controversée), le suffrage universel - conquête démocratique indéniable - n'est pas infaillible. Pour ne prendre que cet exemple, lors de plusieurs scrutins relatifs à l'introduction du suffrage féminin, des majorités écrasantes ont refusé l'élargissement du droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Le hasard (farceur) veut que, dans le canton de Vaud, en 1959 le parti libéral s'était opposé au suffrage féminin. Mais paradoxalement, lors des élections qui suivirent, d'après les analyses faites à l'époque une avance du même parti libéral s'expliquait par les nouveaux suffrages récoltés au sein des femmes ayant voté pour la première fois.

4) selon M. Jean-Pierre Hirschi (de Cornaux) - qui vous approuve -, les auteur-e-s de la rubrique « Points de vue » seraient uniformément de gauche. Votre collègue, M. Claude-Alain Kleiner - qui participa durant de nombreuses années à la rédaction de l'organe du PLR neuchâtelois,  Réalités neuchâteloises -, appréciera...

A l'occasion du 170e anniversaire de la révolution neuchâteloise, veuillez agréer, Monsieur, mes salutations républicaines.

 

Hans-Peter Renk