Elu sur la liste du POP, notre camarade Hans-Peter RENK a déposé le 19 mars 2014 une résolution concernant la délocalisation de l'Office du Registre foncier (Montagnes neuchâteloises et Val-de-Ruz). Ce texte a ensuite été signé par les autres formations représentées au Conseil général, à savoir le Parti socialiste, le Parti libéral-radical, Les Verts, le Parti démocrate-chrétien. Conformément au règlement du Conseil général, cette résolution a fait l'objet le 22 mai dernier d'un développement par son premier signataire.

 

Résolution déposée le 19 mars 2014
«Délocalisation de l'Office du Registre foncier (Montagnes
neuchâteloises et Val-de-Ruz» *

Le Conseil général de la ville du Locle a pris connaissance des
intentions du Conseil d'Etat concernant la délocalisation de l'Office
du Registre foncier (Montagnes neuchâteloises et Val-de-Ruz) et le
regroupement de ses activités en ville de Neuchâtel.
Le Conseil général de la ville du Locle tient à manifester:
- son mécontentement d'une décision unilatérale, qui enlèverait au
Locle le seul service de l'administration cantonale encore présent dans
notre ville ;
- sa consternation de voir le gouvernement bafouer allègrement le
principe de l'équilibre régional, pourtant inscrit dans la Constitution
cantonale ;
- son profond agacement de voir «justifier» ce type de décision sous le
prétexte fallacieux de «réaliser des économies»;
- son étonnement de voir surgir un tel projet, au moment même où les
autorités neuchâteloises se targuent de vouloir rétablir la cohésion
cantonale.
Par conséquent, le Conseil général de la ville du Locle exige que le
gouvernement retire ce projet, nuisible aussi bien à notre ville qu'à
ladite cohésion cantonale.





Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil général.

Merci tout d'abord aux autres groupes du Conseil général d'avoir
accepté de co-signer cette résolution.
Dans leur interpellation «Le départ du Locle du Registre foncier est
une honte !», notre collègue Michel Sandoz et ses co-signataires ont
établi la nomenclature des décisions déjà prises en haut lieu, dans ce
que l'on dénommait avant le 1er mars 1848 «le château de nos princes».
Je n'y reviendrai donc pas, sauf pour souligner le fait que l'esprit
despotique d'antan a visiblement contaminé les membres des
gouvernements qui se sont succédés en ce lieu depuis un certain nombre
d'années.
En effet, la même logique prédatrice envers les régions périphériques
(dont la nôtre) domine, quelle que soit la composition du Conseil
d'Etat. De ce point de vue, le chef du dicastère ayant proposé de
délocaliser l'Office du Registre foncier n'est pas seul comptable de
cette décision: le Conseil d'Etat in corpore en est responsable et
c'est sur les épaules de cinq personnes, et non point d'une seule,
qu'il convient d'abattre le bâton de notre réprobation.
Lors de l'une des dernières convulsions de la République romaine,
connue sous le nom de «Conjuration de Catilina», en 63 avant
Jésus-Christ, le consul en fonction s'en était pris dans l'enceinte du
Sénat de Rome au chef présumé de la conjuration, considéré comme
l'ennemi public no 1. Deux mille ans plus tard, il nous faut légèrement
modifier l'apostrophe de l'orateur romain Marcus Tullius Cicéron:
«Jusqu'à quand, Conseil d'Etat, abuseras-tu de notre patience ?».
Car la réalité est manifeste: malgré l'existence d'un article
constitutionnel sur l'équilibre régional, la logique prévalant depuis
une quinzaine d'années va en sens contraire. Voilà pourquoi il est
nécessaire de manifester notre opposition «par tous les moyens
nécessaires», cette résolution ne devant être qu'un premier pas.
Par ailleurs, il me faut revenir sur un point précis.
En effet, l'étude réalisée par l'Université de Neuchâtel sous la
direction du professeur François Hainard - comme le mentionne
l'interpellation de M. Michel Sandoz et consorts - devait donner des
pistes pour rétablir la cohésion cantonale. A ce propos, il convient de
signaler au Conseil d'Etat que le meilleur moyen de surmonter les
rivalités régionales consisterait tout d'abord à mener une politique
qui évite de les susciter...
Si cette étude contient des informations intéressantes, certaines
propositions sont extrêmement contestables: notamment, celle consistant
à supprimer les districts actuels qui fonctionnent comme
circonscriptions électorales et à faire élire le Grand Conseil dans une
circonscription unique - proposition que le Conseil d'Etat s'est
empressé de reprendre dans son programme de législature. Ces points
feront l'objet de débats dans d'autres enceintes.
Toutefois, si l'on veut vraiment «réformer l'Etat et refonder la
République», cette oeuvre ne saurait reposer sur les seules et frêles
épaules de cinq individus affligés d'une dérive technocratique avérée.
Seule, une assemblée constituante souveraine en aurait le pouvoir.
C'était la voie suivie en 1848 et en 1858 par les fondateurs de la
République neuchâteloise. A bon entendeur, salut !