cow abattoir

En complément de l’article, paru dans le no 308 (18 mai 2017) du journal solidaritéS, à propos de la construction d’une gigantesque halle d’engraissement de taureaux, à proximité de Coffrane (Val-de-Ruz, canton de Neuchâtel), nous publions une lettre de Paul Sautebin, paysan à La Ferrière (canton de Berne), adressée au journal Le Courrier (30 mai 2017).

La halle d’engraissement de taureaux qui cherche à voir le jour à Coffrane n’a pas de comparaison aujourd’hui en Suisse. Les autorités se plient à octroyer des permis de construction et d’exploitation qui s’appuient sur des normes de l’agriculture actuelle qui n’a rien à voir avec l’agro-industrie que cette « halle d’engraissement » représente. Elles interprètent trop largement les normes environnementales et du bien-être animal qui sont en vigueur. Elles bafouent les préoccupations politiques de la société et les mesures d’assainissement des pollutions de l’air et de l’eau qui coûtent des centaines de millions au contribuable. Elles banalisent la signification d’une telle concentration d’animaux pour la faire passer pour normale. Or, cette halle d’engraissement chosifie l’animal : il devient une machine à manger et il est transformé en viande dans une rationalité toute industrielle. Cette chosification de l’animal participe à nous déshumaniser. Elle atrophie nos facultés de rencontres, d’émotion, de respect et d’empathie que nous partageons avec tout le vivant sur cette terre.

Au-delà de la « chose animale » il y a chosification du territoire que nous partageons en commun. Si la production de viande devait vraiment être locale, alors des centaines d’hectares de maïs seraient nécessaires pour nourrir un total de 1000 taureaux. Cette culture va, à son tour, transformer le paysage, polluer les sols de pesticides, d’insecticides et d’engrais nécessaire à cette production. D’autre part, le type de contrats usuels d’autorisation d’épandage de fumier et de purin n’a rien à voir avec les milliers de tonnes que mille taureaux vont produire. L’intense trafic de véhicules lourds en amont et aval de ce type d’exploitation seront sources d’indéniables nuisances, abîmeront le réseau routier du finage. Les conditions d’existence des riverains seront aussi dépréciées par les inévitables odeurs nauséabondes que produira une telle concentration d’animaux.

L’argument démographique ne tient pas, la production d’un kilo de viande nécessite huit fois plus de surface qu’un kilo de céréales. On parle d’emplois alors que ce type d’industrie fait disparaître un nombre considérable d’exploitations paysannes. On caresse les produits locaux alors qu’on en pervertit le sens. On parle de démocratie alors qu’on a renvoyé toutes les oppositions des villageois concernés.

Les autorités neuchâteloises n’ont toujours pas réglé en termes de droit d’exploitations de la méga-ferme du Val de Travers et les voilà qui rempilent. Effectivement, comment justifier des dérogations au droit de construire pour mille taureaux, alors que la Confédération n’en autorise que 730 ? La différence représente près d’un million de francs d’investissement. Comment les autorités évaluent-elles ce dossier ?

Paul Sautebin,

Paysan, La Ferrière (BE)