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Les chiffres étaient attendus, mais ils font mal. Après plusieurs années d'augmentations régulières, c'est le grand décrochage, plus de 8% d'augmentations des primes en moyenne dans le canton de Neuchâtel (contre 4% pour la Suisse en moyenne), à cause de la politique d'une caisse. De telles augmentations n'ont évidemment rien à voir avec l'augmentation annuelle des coûts de la santé, mais relèvent de la stratégie des caisses pour réaliser des profits maximum. L'assuré paye et le canton subventionne les assurances avec nos impôts en prenant en charge tout ou partie des primes pour les revenus les plus bas. La non-transparence règne et les directeurs des caisses, comme les actionnaires, se frottent le ventre.

 

Pilule amère pour les assuré-e-s et le canton

La moitié des assuré-e-s neuchâtelois sont dans une seule caisse – Assura -, qui jusqu'ici a attiré ses clients par des primes en moyenne un peu plus basses que les autres caisses. Mais là, d'un coup, Assura annonce une augmentation des primes de 13% pour l'assurance de base avec une franchise de 300.-, et de plus de 20% pour une franchise de 2500.- (moitié des assuré-e-s de cette caisse) ; pour les enfants l'augmentation s'approche de 35%. Les familles vont apprécier.

Jusqu'ici les assuré-e-s subventionné-e-s étaient fortement incité-e-s par le Conseil d'Etat à s'inscrire à Assura (qui s'arrange d'ailleurs pour rester concurrentielle avec les autres caisses malgré cette hausse brutale). Au niveau du canton, les 115 millions de subventions pour la caisse maladie prévus pour 2016 ne suffiront donc pas.

Les assurances tiennent le couteau par le manche

Les coûts de la santé augmenteront; il y a à cela de multiples raisons, dont le vieillissement de la population ; mais c'est aussi un bon signe pour une société d'investir pour le bien-être et l'augmentation des dépenses de santé correspond pour une bonne partie à une amélioration des soins prodigués. L'augmentation de l'espérance vie due aux progrès de la médecine ne peut que nous réjouir, mais la perte de maîtrise des coûts de la santé et la tendance bien réelle d'une santé à deux vitesses sont inquiétantes. Les coûts de la santé sont très aléatoires et difficiles à maîtriser par les cantons. L'opacité de tout le système de financement de la santé et la multiplication des caisses et sous-caisses donne le beau rôle aux assurances privées qui voient avec délectation leurs perspectives de bénéfices garanties.

Les bourgeois et les caisses font obstacle à tout changement

Comme la voie fédérale vers une caisse unique est bouchée, c'est dans les cantons où une chance existe de faire passer des premiers essais de caisse unique que nous cherchons à agir. Mais avec leurs vastes moyens, les bourgeois et les caisses continuent systématiquement à mettre en échec toute tentative de caisse unique et solidaire. On l'a encore vu à la commission du Conseil des Etats du 9 septembre dernier, où par 5 voix contre 3, les parlementaires se sont opposés à l'idée bien modeste d'autoriser les cantons à instaurer une caisse publique unique cantonale (initiative genevoise soutenue par les cantons du Jura, Neuchâtel et Vaud).

Une route longue et semée d'embûches

La lutte pour des soins de qualité, pris en charge collectivement et financés de façon solidaire et juste s'annonce difficile. A l'opacité du système imposé par les caisses maladies s'ajoutent non seulement les multiples problèmes liés à l'autonomisation des structures hospitalières, mais au niveau de la Confédération aussi une façon très contestable de calculer l'indice suisse des prix à la consommation (qui est la référence pour les adaptations de salaires). Les primes d'assurance-maladie ne sont pas incluses dans l'indice suisse des prix à la consommation, si bien qu'on voit cet indice baisser alors que les primes, que l'on paie bel et bien avec nos salaires, elles, n'arrêtent de grimper. Pour défendre la santé comme un bien public, la prise en charge des coûts de la santé doit être complètement revue. L'enjeu est important : éviter que l'inégalité croissante des revenus ne se transforme définitivement en une augmentation des inégalités d'accès aux soins.

Marianne Ebel & Henri Vuilliomenet