Squat Le Monde

Telle pourrait être la nouvelle annonce de poste pour les civilistes souhaitant s'engager dans le domaine de l'accueil des migrant·e·s, d'après les informations qui nous sont parvenues.

En effet,  déjà actif dans le domaine de l'asile (notamment dans les bunkers qui servent de centres d'accueil), le service civil a décidé de mettre en place deux projets-pilotes d'affectation des civilistes... en collaboration avec l'Administration fédérale des douanes.

Les civilistes seront engagés pour aider les gardes-­frontière afin « d'accueillir, assister et encadrer les migrant·e·s dans leur quotidien (p.ex. nourriture, sécurité, informations, organisation et accompagnement dans les transports) ». Jusque-là, la mission paraît louable.

Collaborer à la chasse aux migrant·e·s

Cependant, deux précisions de taille viennent en révéler la véritable nature. D'une part, cette « assistance » que porteront les civilistes aux gardes-frontières se fera notamment lorsque ceux-ci sont chargés de traquer, dans les transports publics, les migrant·e·s – hommes, femmes, parfois enceintes, et enfants – entrant dans le territoire. Et d'autre part, il est exigé des civilistes qu'ils se montrent compréhensifs et qu'ils adhèrent aux « mesures visant à empêcher l'entrée, la sortie, le transit et les séjours illégaux ».

Pour le dire clairement: ces civilistes, qui par objection de conscience refusent de servir l'armée, et penseraientt par cette affectation accomplir un geste de solidarité envers les réfugié·e·s, vont en réalité servir d'assistant·e·s aux gardes-frontières dans la chasse aux migrant·e·s.

Les milieux bourgeois, tout opposés qu'ils sont au service civil, en raison de la concurrence qu'il fait à l'armée, doivent se réjouir d'une telle subordination de la mission d'intérêt général du service civil à la répression étatique qu'ils organisent contre les migrant·e·s.

D'autres institutions, à la mission sociale, se voient contraintes de se soumettre et de collaborer avec la police pour traquer et expulser les migrant·e·s, parfois au détriment de leur mission de base. Il est par exemple particulièrement cynique que des centres médicaux doivent appliquer les mesures de contraintes envers leurs patients qui sont sous le coup d'une décision de renvoi.

On se rappelle du traitement inhumain infligé l'année passée, à Fahmi Kaçan, un réfugié kurde, qui, alors même qu'il était hospitalisé au site de Préfargier du Centre neuchâtelois de psychiatrie, après avoir tenté de se suicider, a été expulsé vers la Hongrie, avec la collaboration dudit centre médical. On se rappelle aussi du cas sordide de cette réfugiée syrienne qui avait fait une fausse couche, faute de soins, alors qu'elle se faisait expulser en Italie avec son mari par les gardes-frontière.

Pour nous, qui nous sommes toujours battus contre l'armée et le service militaire, contre la criminalisation des objecteurs de conscience et pour l'instauration du service civil, et qui luttons actuellement pour la liberté de circulation et d'installation de nos frères et sœurs de classe que sont les migrant·e·s, la dénaturation de la mission du service civil nous indigne et doit nous pousser à l'action pour mettre un terme à ces projets-pilotes, avant qu'ils ne soient institutionnalisés et ne deviennent « normaux ».

Ilir Ahmeti