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Un meurtre fasciste d'une femme à Charlottesville a galvanisé les USA. Aujourd'hui, nazis, Ku Klux Klan et suprémacistes blanc de l'alt-droite ne sont pas bienvenus dans les rues et places du pays.

Les néonazis et le KKK  ont dû affronter des contre-manifestants depuis des lustres. Mais avec le soutien explicite du président Trump aux manifestants défendant les monuments en l'honneur des Etats Confédérés, des monuments au racisme, et avec son soutien à la droite radicale, ces mobilisations antiracistes revêtent une signification nouvelle. Elles ne visent pas juste les organisations racistes, mais aussi un président les soutenant. Par sa vague de protestation le peuple des USA a renouvelé son mouvement contre le racisme, contre son histoire et les politiciens le perpétuant.

Quelques 30 000 manifestant·e·s antiracistes ont chassé les nationalistes blancs du grand parc central de Boston, les empêchant de prononcer même un seul discours lors de leur prétendue mobilisation pour la « liberté d'expression ». Les racistes se sont trompés en ciblant le Massachussetts, l'Etat le plus libéral des USA et Boston, une ville pleine de catholiques, de noirs, de juifs et de dizaines de milliers d'étudiant-e-s. La vague massive à Boston et des manifs analogues à Hot Springs en Arkansas et à Portland dans l'Oregon, comme dans d'autres villes, furent une réponse directe à la manifestation « Unissons la droite » tenue une semaine auparavant à Charlottesville en Virginie, où l'alt-droite, les néonazis et le KKK avaient manifesté et où l'un des leurs a foncé avec son auto dans les contre-­manifestants, tuant Heather Heyer, 32 ans. Mais ces mobilisations antiracistes étaient aussi une réponse au Président Trump affirmant que « les torts étaient des deux côtés ».

Trump affronte une crise: scission au sommet

Trump, depuis 8 mois aux affaires, a été confronté à la crise la plus forte qu'ait connue son administration, du fait de sa non condamnation du Klan et des nazis et de son soutien tacite aux racistes blancs manifestant à Charlottesville contre le démontage de la statue de Robert Lee, général-en-chef de l'armée confédérée ayant combattu en défense de l'esclavage lors de la guerre civile américaine (1861–1865). Après Charlottesville, nombre de chefs du parti républicain ont critiqué Trump. Certains l'ont condamné. Chaque dirigeant républicain, ou presque, a fait une déclaration contre la suprématie blanche, de Paul Ryan président du Congrès à Mitt Romney, ancien candidat à la présidence. D'autres ont condamné Trump lui-même, tels les sénateurs Sasse du Nebraska, Flake de l'Arizona, avec aussi les sénateurs archiconservateurs Gardner (Colorado) et Hatch (Utah). Celui-ci a déclaré: « On doit appeler le mal par son nom. Mon frère n'est pas mort en combattant Hitler pour que les idées nazies puissent être propagées sans opposition chez nous. »

Presque au même moment, des dirigeants de l'économie rompaient avec le président. Quatre chefs de grandes firmes ont quitté son Conseil consultatif de l'industrie. Le premier fut Kenneth Frazier, CEO de la pharma Merck et un des dirigeants d'entreprise noirs les plus en vue, trois autres CEO l'ont suivi: Brian Krzanich d'Intel, Kevin Plank de Under Armour et Scott Paul de l'Alliance for American Manufacturing. L'autre groupe de Trump représentant les milieux d'affaires, son Forum de stratégie et de politique débattait de la possibilité de se dissoudre et Stephen Schwarzman de la firme d'investissement Blackstone allait en informer Trump, quand celui-ci, le 16 août, a annoncé l'abolition des deux conseils.

Fait sans précédent, cinq généraux de la marine, de l'armée, des marines, de l'aviation et de la garde nationale, membres de l'Etat-major, ont émis des communiqués, condamnant le « racisme » et l'« extrémisme », contredisant implicitement leur commandant-en-chef, le président Trump.

Un secteur significatif de la bourgeoisie et du sommet de l'Etat a rompu avec Trump. Ceci s'est reflété à la Maison blanche par la lutte entre le chef de cabinet John Kelly, ex-général des Marines et le leader de l'alt-droite stratège-en-chef Steve Bannon. Sous une pression croissante de l'establishment, Trump a forcé Bannon à démissioner le 18 août. Puis Trump, qui avait d'abord traité les manifestant·e·s antiracistes de Boston d'« agitateurs anti-flics » a émis un tweet hypocrite saluant les « nombreux protestataires à Boston qui s'expriment contre les préjugés et la haine ». Personne ne l'a cru.

Les USA bouillonnent, la gauche se renforce

On vit une fois de plus aux USA la résurgence d'un mouvement social se levant pour combattre non seulement les groupes de droite radicale, mais aussi la Maison blanche. Après 8 mois de turbulences et quasi rien à son actif, le gouvernement est en crise politique. La nation bouillonne. Un large mouvement démocratique va croissant. Au sein de celui-ci, la gauche, quoique petite grandit. Les Democratic Socialists of America(DSA), à présent la plus importante organisation de gauche, comptent plus de 25 000 membres.

La croissance remarquable des DSA, 18 000 adhérent·e·s en un an, la plupart nouveaux venus à la politique, signifie qu'il s'agit de fait d'une organisation nouvelle n'ayant encore pas été soumise à l'épreuve. Néanmoins, comme d'autres organisations de gauche plus petites, DSA est engagé dans le mouvement antiraciste et tente aussi de lui fournir des débouchés politiques à travers des campagnes, au sein du parti démocrate et hors de celui-ci. Quoique la gauche soit réduite, avec environ 50 000 partisans radicaux du socialisme pour une nation de 323 millions, nous sommes dans un temps de radicalisation et de montée des mouvements où l'on peut s'attendre à voir la gauche croître et devenir une force plus significative.

Dan La Botz

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