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Le directeur de campagne de Trump, l'extrémiste de droite, ultra­nationaliste, conservateur, raciste, islamophobe et misogyne Steve Bannon, que le nouveau président a nommé membre permanent du « Conseil de la sécurité nationale » des USA, a été poursuivi pour violences conjugales en 1996, rapportait l'été dernier le New York Times.

Certes,  l'affaire avait été classée quand son épouse ne s'était pas présentée pour témoigner quelques mois plus tard, l'avocat de Bannon l'ayant menacée et incitée à quitter la ville. On a ainsi – à la Maison-­Blanche – un partisan de l'inopportunité du « traitement pénal » des « violences dans le cercle familial »... inopportunité en faveur de laquelle vient de voter le 25 janvier le parlement russe, avec la bénédiction de Vladimir Poutine et de la hiérarchie de l'Eglise orthodoxe.

Une dépénalisation sous pression de l'Eglise orthodoxe

Le score de 380 votes à 3 à la Douma en faveur de la loi en question, reflète les conditions du débat. Le texte voté prévoit de commuer en peine administrative la sanction d'actes de violence au sein des familles considérés jusque lors comme délits pénaux passibles de 2 ans de prison.

Ces violences ne seront plus punissables pénalement si elles n'aboutissent pas à des blessures graves ou n'ont pas lieu de façon répétée. Pourtant, en Russie, plus de 650 000 femmes seraient battues chaque année par leurs maris ou un proche, selon un bilan de 2 010 du Centre national contre la violence familiale. D'après l'ONG, les statistiques sont inchangées depuis 1995, une femme meurt toutes les 63 minutes sous les coups d'un proche en Russie! Mais: « C'est un vote historique, car, dans certains pays, le rôle de l'Etat dans la vie familiale dépasse toutes les bornes! », s'est réjoui, en séance, le député Andreï Issaïev, membres du parti progouvernemental Russie unie, qui fréquente les congrès du Front national.

« Le pouvoir veut faire trois pas en arrière en dépénalisant complètement la violence et en retirant aux victimes leur seul mécanisme de protection », s'est insurgé un collectif de femmes qui appelait à une manif ce 4 février, reléguée dans un quartier nord de Moscou, leur précédente tentative de rassemblement sur la place Bolotnaïa s'étant en effet heurtée à un refus péremptoire de la municipalité: « Pas assez de place pour 1 000 personnes » a affirmé la mairie. Or il s'agit du lieu de rassemblement des grands défilés de protestation contre la fraude électorale et la réélection de Poutine durant l'hiver 2011-2012, en face du Kremlin, de l'autre côté de la Moskva...

Un régime obscurantiste et réactionnaire

La dépénalisation des violences domestiques, qui livre femmes et enfants aux abus des hommes, fait suite à nombre de mesures pour réaffirmer les « valeurs » patriarcales traditionnelles en Russie, notamment en discriminant les personnes LGBT. En juin 2013, on se souvient que la Douma avait voté une loi « contre la propagande homosexuelle » punissant toute manifestation homosexuelle en public d'une lourde amende.

On assiste au durcissement d'un régime autoritaire, obscurantiste et réactionnaire en Russie, sous la houlette de Poutine. On mentionnera notamment:

La répression, l'emprisonnement, voire l'assassinat des opposant·e·s politiques ; les restrictions multiples aux droits de réunion et de manifestation ; la persécution systématique des journalistes, des blogueurs et des internautes critiques ; le harcèlement et l'interdiction d'un nombre toujours croissant d'ONG (le siège d'Amnesty International vient d'être fermé à Moscou).Le retour de vieux démons impériaux: intervention armée officieuse en Ukraine orientale (le nombre de soldats russes tués reste un secret d'Etat) et répression contre les opposants et le peuple tatar en Crimée annexée.

En solidarité

Ainsi vendredi 3 février, plus d'une trentaine de personnes se sont rassemblées à l'appel notamment de solidaritéS, de son groupe féminismeS, de la Marche mondiale des femmes (MMF) et de la Slutwalk (Genève) devant la Mission permanente de Russie, près du Palais des Nations à Genève, pour tenir un piquet de protestation contre la dépénalisation des violences domestiques en Russie.

Notre action à Genève a été également relayée par une vingtaine de manifestantes à Lausanne rassemblées devant le consulat honoraire de Russie dans cette ville avec des panneaux et une banderole revendiquant leur soutien aux féministes russes et condamnant cette dépénalisation.

Ces deux interventions s'inscrivaient bien sûr dans l'élan international donné par les femmes étasuniennes à l'occasion de l'investiture de Donald Trump, qui comme son collègue Vladimir Poutine, s'en prend aux droits des femmes et aux libertés fon­da­mentales.

Pierre Vanek

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Notre rassemblement  a été l'occasion de dire aussi combien nous déplorons l'idée qu'un député genevois PDC puisse être décoré ce 8 février par le régime Poutine, et accepter de l'être dans l'illégalité au regard de la loi cantonale, qui exige une autorisation exceptionnelle du parlement pour de telles simagrées... Il serait honteux que ce parlementaire, directeur du Club suisse de la presse, accepte une décoration d'un régime qui persécute les journalistes, et avec lequel Reporters sans frontières a rompu toute collaboration.

Signalons aussi, au chapitre des agissements douteux, que le Département de la sécurité et de l'économie de Pierre Maudet avait interdit notre rassemblement genevois devant la Mission russe. Cette restriction à la liberté d'expression et d'association, qu'aucun motif d'ordre public ne commandait, pourrait laisser croire que Pierre Maudet jalouse la médaille de Guy Mettan et entend se distinguer lui aussi au service du maître du Kremlin, pour en avoir une à son tour un jour peut-être.  PV

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