paquet berset

En plein débat sur les retraites, plusieurs élues du Parti socialiste se mobilisent pour faire passer l’amère pilule d’une réforme qui obligerait les femmes à travailler une année de plus. L’âge de la retraite des femmes serait augmenté en quatre paliers de trois mois. Celles qui ont aujourd’hui 60 ans seraient déjà touchées. Cette génération a commencé à travailler au milieu des années 1970.

La loi sur l’égalité n’existait pas, les places d’accueil pour les enfants non plus. Beaucoup ont quitté leur emploi pour élever leurs enfants, d’autres ont travaillé à temps partiel. Un parcours qui a creusé de profondes lacunes dans leur prévoyance professionnelle, impossibles à combler. Leur proposer pour solde de tout compte 70 francs de plus par mois dans l’AVS est indécent.

Et l’égalité n’est toujours pas réalisée. L’écart salarial reste en moyenne de 19,5 % dans le privé et de 16,6 % dans le public. Trouver une place de crèche relève toujours d’un exploit, concilier vie professionnelle et familiale un casse-tête. Les rentes des femmes sont de 37 % inférieures à celles des hommes. Rien ne justifie d’imposer à des dizaines de milliers de salariées – souvent usées par un travail pénible et mal rémunéré – de trimer une année de plus. Augmenter l’âge de la retraite des femmes n’est pas une question d’égalité, mais une économie de 1,3 milliards de francs sur leur dos !

C’est aussi le verrou à faire sauter pour élever l’âge de la retraite à 67 ans pour tous, dans un monde du travail qui considère les plus de 50 ans comme « trop vieux ».

Une telle perspective serait-elle acceptable en raison des améliorations notables de la réforme ? Voyons. On nous dit que les femmes auraient droit à une rente du 2e pilier jusqu’à 10 % supérieure. Qui peut le croire alors que les rentes du 2e pilier fondent comme neige au soleil ? Une seule chose est sûre : les cotisations vont exploser. Cet argent serait mieux investi dans l’AVS, qui est solidaire et garantit des rentes égales aux femmes et aux hommes. On nous dit qu’on aurait droit à un supplément de 70 francs et que la rente maximale de couple serait déplafonnée à 155 %. En soi, nous ne sommes pas opposés à ces mesures, mais elles font partie d’un paquet empoisonné dont le prix à payer est trop élevé.

On nous dit que celles qui ont une rente AVS de moins de 1700 francs pourraient quand même partir à 64 ans sans perte. Mais comment nouer les deux bouts avec une aussi petite rente ? On ne nous le dit pas. Et on ne nous dit pas non plus que les 2,3 millions de retraités actuels ne toucheraient rien de plus, pas un centime ! Ce paquet empoisonné, nous ne le voulons pas et nous le renverrons à son expéditeur.

Par Michela Bovolenta

Secrétaire centrale du Syndicat des Services Publics

Article paru dans le journal 24heures le jeudi 16 mars