Sommaire
Envoi d'une référence d'article par mail
N° 102 (14/02/2007). A la une: Climat: FMI & Banque mondiale, les apprentis sorciers
p. 19
Lien direct: https://www.solidarites.ch/journal/d/article/2809
Féminin - Masculin
L’Appel des Féministes Indigènes
Au printemps 2005, l’Appel des «Indigènes de la République» avait lancé
un vif débat sur la réalité du postcolonialisme français dans
l’oppression subie par l’immigration issue des anciennes ou actuelles
possessions françaises. L’ Appel des Féministes indigènes que nous
publions ci-dessous s’inscrit dans la même veine, cherchant à articuler
lutte antiraciste et antisexiste dans un «féminisme paradoxal de
solidarité avec les hommes».1 Une position à discuter, sans aucun doute.
Sous le Haut Marrainage de Solitude, héroïne de la révoltedes esclaves guadeloupéens contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, de Jamila Bouhired, révolutionnaire algérienne et de nos mères immigrées
Ils nous encouragent à nous émanciper, à nous défaire de notre état de nature, ou, pour les plus évoluées d’entre nous, de notre état de sous-culture. Ils nous protègent contre nos maris, nos pères et nos frères supposés culturellement violents, violeurs et voileurs. Ils sont les boucliers sans lesquels nous sommes vouées à demeurer soumises, mariées de force à des brutes, excisées..., et peut-être même lapidées. De leur vigilance zélée dépend notre libération. Ils parlent en notre nom. Pour notre
bien...
Nous refusons la dépossession et l’instrumentalisation de nos luttes.
Nous refusons catégoriquement que des personnes non
concernées par des discriminations racistes et sexistes parlent
en notre nom. Comme nous refusons le discours stigmatisant et
essentialisant des femmes issues de l’immigration, qui
prêtent leurs voix au discours dominant, structurellement raciste
et opportunément féministe. Parler à notre place,
c’est nous spolier de nos vies, nous déposséder de
nos parcours et de notre vision du monde. C’est aussi saboter nos
luttes quotidiennes. Nous ne sommes pas dupes de cette
instrumentalisation qui fait de nous des victimes idéales. Les
discours dominants à la fois racistes et sexistes confisquent
notre parole, réduisent notre complexité, nient nos
résistances. Ces procédés s’enracinent dans
les systèmes esclavagistes et coloniaux qui, déjà,
contraignaient les femmes à une double expropriation de leur
corps (à la fois, force de travail et objet sexuel). Nos
mères, loin des stéréotypes du féminisme
blanc, ont toujours su résister. Nous résistons.
Nous refusons les présupposés idéologiques selon lesquels le féminisme serait incompatible avec la foi religieuse, notamment en portant et défendant la parole féministe des femmes croyantes. Nous assumons et revendiquons nos identités plurielles, aux contours variables faits aussi de contradictions et d’imperfections.
Nous refusons l’injonction à la déloyauté envers les nôtres avec tous les sacrifices que cela suppose: rupture familiale, guerre et concurrence des sexes, mise à distance de nos cultures chaque jour mises en accusation. Nous interpellons nos communautés et l’ensemble de la société. Nous dénonçons et nous nous battons contre les systèmes d’oppression. Nous ne voulons pas “conscientiser” les femmes issues de l’immigration, dont nous sommes, ni les juger sur des critères “d’émancipation” subjectifs. Chaque femme est en droit de choisir son mode de vie en continuité, en composition ou en rupture avec sa culture, sa tradition ou sa religion.
Nous refusons d’être l’enjeu de la concurrence et de la bataille que se livrent le patriarcat des dominés et celui des dominants.
Par conséquent, nous nous inscrivons dans ce féminisme paradoxal afin de ne plus jamais être le cheval de Troie de la suprématie blanche ou les traîtresses à l’ordre communautaire
C’est à ce prix que l’on pourra se battre contre les
représentations coloniales, indigénisantes et
folklorisantes des femmes noires, arabes et musulmanes,
véhiculées dans les discours dominants, les politiques
publiques et les espaces médiatiques. C’est ainsi que
l’on pourra casser les stéréotypes de la beurette,
de la maman nourricière et infantilisée, de la musulmane
manipulée ou de l’Africaine exotique.
Dans une société
“francepaysdesdroitsdel’homme”, structurellement
inégalitaire et patriarcale, nous, des- cendantes de
colonisé-e-s et d’immigré-e-s lançons un
appel aux femmes et aux féministes qui s’estiment victimes
de violences sexistes et racistes à nous rejoindre en vue de
contribuer à l’émergence et à la
construction d’une parole féministe politique,
égalitaire et autonome qui interpelle l’ensemble de la
société française dans sa gestion des questions
concernant les femmes venues ou vivant dans les pays du Sud
1 On trouvera cet appel sur le site www.indigenes-republique.org qui publie aussi l’entretien avec sa porte-parole Houria Bouteldja, publié par la revue ContreTemps en mai 2006, qui éclaire bien des aspects de ce débat, rappelant en particulier les critiques des «indigènes» à l’égard du mouvement Ni Putes, Ni Soumises, proche du PS français. Au printemps 2005, l’Appel des «Indigènes de la République» avait lancé un vif débat sur la réalité du postcolonialisme français dans l’oppression subie par l’immigration issue des anciennes ou actuelles possessions françaises. L’ Appel des Féministes indigènes que nous publions ci-dessous s’inscrit dans la même veine, cherchant à articuler lutte antiraciste et antisexiste dans un «féminisme paradoxal de solidarité avec les hommes».1 Une position à discuter, sans aucun doute.
Sous le Haut Marrainage de Solitude, héroïne de la révoltedes esclaves guadeloupéens contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, de Jamila Bouhired, révolutionnaire algérienne et de nos mères immigrées
Appel des Féministes Indigènes
Personnalités politiques, intellectuel-le-s, féministes, représentants institutionnels... en France, se penchent avec humanisme et compassion sur le sort des femmes issues de l’immigration postcoloniale que nous sommes.Ils nous encouragent à nous émanciper, à nous défaire de notre état de nature, ou, pour les plus évoluées d’entre nous, de notre état de sous-culture. Ils nous protègent contre nos maris, nos pères et nos frères supposés culturellement violents, violeurs et voileurs. Ils sont les boucliers sans lesquels nous sommes vouées à demeurer soumises, mariées de force à des brutes, excisées..., et peut-être même lapidées. De leur vigilance zélée dépend notre libération. Ils parlent en notre nom. Pour notre
bien...
Messieurs-Dames, le Collectif des Féministes Indigènes a le plaisir de vous annoncer la fin de la comédie. Il vous prie de ravaler vos larmes et de remballer vos bons sentiments.
Ce discours néocolonial et paternaliste est une violence que nous n’acceptons plus.Nous refusons la dépossession et l’instrumentalisation de nos luttes.
Nous refusons catégoriquement que des personnes non
concernées par des discriminations racistes et sexistes parlent
en notre nom. Comme nous refusons le discours stigmatisant et
essentialisant des femmes issues de l’immigration, qui
prêtent leurs voix au discours dominant, structurellement raciste
et opportunément féministe. Parler à notre place,
c’est nous spolier de nos vies, nous déposséder de
nos parcours et de notre vision du monde. C’est aussi saboter nos
luttes quotidiennes. Nous ne sommes pas dupes de cette
instrumentalisation qui fait de nous des victimes idéales. Les
discours dominants à la fois racistes et sexistes confisquent
notre parole, réduisent notre complexité, nient nos
résistances. Ces procédés s’enracinent dans
les systèmes esclavagistes et coloniaux qui, déjà,
contraignaient les femmes à une double expropriation de leur
corps (à la fois, force de travail et objet sexuel). Nos
mères, loin des stéréotypes du féminisme
blanc, ont toujours su résister. Nous résistons.Notre démarche est féministe, spécifiquement indigène…
Nous, en tant que femmes vivant en France, héritons des acquis des luttes des féministes françaises. Mais en tant que femmes racialisées, nous remettons en question les diktats de l’universalisme blanc et masculin et du féminisme blanc qui dénient toutes autres visions du monde ou vécus. Le féminisme occidental n’a pas le monopole de la résistance à la domination masculine.Nous refusons les présupposés idéologiques selon lesquels le féminisme serait incompatible avec la foi religieuse, notamment en portant et défendant la parole féministe des femmes croyantes. Nous assumons et revendiquons nos identités plurielles, aux contours variables faits aussi de contradictions et d’imperfections.
Nous refusons l’injonction à la déloyauté envers les nôtres avec tous les sacrifices que cela suppose: rupture familiale, guerre et concurrence des sexes, mise à distance de nos cultures chaque jour mises en accusation. Nous interpellons nos communautés et l’ensemble de la société. Nous dénonçons et nous nous battons contre les systèmes d’oppression. Nous ne voulons pas “conscientiser” les femmes issues de l’immigration, dont nous sommes, ni les juger sur des critères “d’émancipation” subjectifs. Chaque femme est en droit de choisir son mode de vie en continuité, en composition ou en rupture avec sa culture, sa tradition ou sa religion.
Nous revendiquons l’autonomie de nos luttes et de nos trajectoires.
…et anti-impérialiste
Nous exigeons désormais des mouvements politiques occidentaux qui pensent les rapports Nord/Sud qu’ils cessent d’ignorer les conséquences de l’impérialisme et du libéralisme dans le maintien et le renforcement des systèmes patriarcaux. Nous considérerons désormais comme antiféministe toute solidarité avec les femmes du Sud qui n’intègre pas le rapport étroit entre patriarcat et impérialisme.Nous exigeons une égalité réelle
Dans notre société, racisme et sexisme sont intimement imbriqués. Nous subissons des oppressions de classe, de genre et de néo-indigénat qui se renforcent mutuellement. Notre parole est seule légitime pour faire état de la réalité de ces oppressions croisées. Cette parole est radicalement antiraciste et antisexiste. Nous n’établissons pas de priorité entre ces luttes intrinsèquement liées. Nous dénonçons catégoriquement toutes les violences sexistes et racistes que nous subissons quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent. Nous ne tairons pas notre combat féministe sous prétexte que la lutte antiraciste est prioritaire. De la même façon nous ne tairons pas notre combat antiraciste pour servir de relais, au nom d’un pseudoféminisme à la diabolisation des Noir-e-s, des Arabes, des musulman-e-s et d’autres populations stigmatisées racialement.Nous refusons d’être l’enjeu de la concurrence et de la bataille que se livrent le patriarcat des dominés et celui des dominants.
Par conséquent, nous nous inscrivons dans ce féminisme paradoxal afin de ne plus jamais être le cheval de Troie de la suprématie blanche ou les traîtresses à l’ordre communautaire
C’est à ce prix que l’on pourra se battre contre les
représentations coloniales, indigénisantes et
folklorisantes des femmes noires, arabes et musulmanes,
véhiculées dans les discours dominants, les politiques
publiques et les espaces médiatiques. C’est ainsi que
l’on pourra casser les stéréotypes de la beurette,
de la maman nourricière et infantilisée, de la musulmane
manipulée ou de l’Africaine exotique.Dans une société
“francepaysdesdroitsdel’homme”, structurellement
inégalitaire et patriarcale, nous, des- cendantes de
colonisé-e-s et d’immigré-e-s lançons un
appel aux femmes et aux féministes qui s’estiment victimes
de violences sexistes et racistes à nous rejoindre en vue de
contribuer à l’émergence et à la
construction d’une parole féministe politique,
égalitaire et autonome qui interpelle l’ensemble de la
société française dans sa gestion des questions
concernant les femmes venues ou vivant dans les pays du Sud
1 On trouvera cet appel sur le site www.indigenes-republique.org qui publie aussi l’entretien avec sa porte-parole Houria Bouteldja, publié par la revue ContreTemps en mai 2006, qui éclaire bien des aspects de ce débat, rappelant en particulier les critiques des «indigènes» à l’égard du mouvement Ni Putes, Ni Soumises, proche du PS français. Au printemps 2005, l’Appel des «Indigènes de la République» avait lancé un vif débat sur la réalité du postcolonialisme français dans l’oppression subie par l’immigration issue des anciennes ou actuelles possessions françaises. L’ Appel des Féministes indigènes que nous publions ci-dessous s’inscrit dans la même veine, cherchant à articuler lutte antiraciste et antisexiste dans un «féminisme paradoxal de solidarité avec les hommes».1 Une position à discuter, sans aucun doute.
Au même sujet | |
---|---|
Féminin - Masculin | |
Altermondialisme |