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16 mars 2016 — Communiqué de presse du Groupe féminismeS de solidaritéS Genève

Le 9 mars dernier, le Conseil Municipal de la Ville de Genève se penchait sur une motion conjointe des PLR, MCG et UDC demandant l'interdiction pour les fonctionnaires de la Ville de signaler leur appartenance religieuse lorsqu'ils sont en contact avec le public.

Déposée en réaction au cas d'une employée portant le foulard pendant ses heures de travail, ce texte visait ainsi principalement les femmes musulmanes, renvoyées à devoir choisir entre leur emploi et leur liberté de se vêtir comme elles l'entendent. Outrés qu'on veuille priver d'autres femmes de ce droit le plus élémentaire, les conseillers municipaux Tobia Schnebli et Maria Perez (EàG) ont décidé de se couvrir la tête de leur écharpe dans un signe qu'ils voulaient de solidarité. Un geste qui a suscité une vague de réactions d'un sexisme déplorable à l'égard de Maria Perez.

 

Des attaques sexistes pour la bonne cause ?

Attaques sur son physique, sur sa santé mentale, rien n'aura été épargné à Maria Perez. Alors que les remarques sexistes fusent encore régulièrement dans les parlements comme le relevait le Courrier le 8 mars dernier, leur récurrence ne fait pas couler autant d'encre que le geste silencieux de cette élue, qui a entraîné des vociférations jusqu'à interrompre la séance. Le soir même et le lendemain, les remarques se sont déchaînées aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la presse. «Alors que Tobia Schnebli et Maria Perez avaient exécuté le même geste, seule cette dernière a suscité l'ire des commentateurs-trices.» indique Audrey Schmid. «Présentant tantôt notre camarade comme une «hystérique», tantôt comme la victime d'un «grave dérèglement psycho pathologique», en passant par des allusions tendant à dire que son physique faisait «peur», Maria Perez s'est retrouvée victime d'un déferlement de sexisme, c'est l'ironie, par ceux-là même qui tentaient de faire de leur combat pour une laïcité intransigeante une œuvre pour le droit des femmes!» ajoute Audrey Schmid.

Les féministes qui se respectent, n'oseraient pourtant pas aujourd'hui invoquer la maladie mentale ou l'injonction à plaire, des procédés couramment utilisés contre les militantes des droits des femmes pour les disqualifier depuis le 19e siècle, pour combattre les opinions d'une femme. C'est ce qu'aura permis de « dévoiler » le geste de Maria Perez : en s'attaquant à sa personne pour la discréditer les tenants de l'exclusion de femmes au nom de principes prétendument laïcs n'ont rien compris au féminisme.

 

Exclure des femmes de l'accès à des postes de travail pour la bonne cause ?

Les raisons de ce déchaînement tiennent à une prémisse. En défendant le droit pour les femmes de se vêtir comme elles l'entendent, Maria Perez aurait trahit la lutte «contre l'asservissement de la [sic] femme», puisque celles qui portent un foulard sont aujourd'hui considérées par toute une partie de l'opinion publique, même de «gauche», comme coupables de propager une vision rétrograde des femmes. Pour autant, relève Gloria Antezana: «Maria Perez a voulu rappeler par son geste un principe fondamental du féminisme: les femmes doivent décider d'elles-mêmes ce qui est bien pour elles. Elles ne sont pas des enfants à la place desquelles on peut décider pour leur bien et leur lutte doit partir de leur situation propre et non leur être imposée de l'extérieur au nom d'une supposée supériorité occidentale.»

Alors que les féministes se battent depuis des années pour le libre choix des femmes et contre l'hyper sexualisation imposée par les médias et la publicité, la focalisation sur le foulard tend à en faire l'unique signe d'oppression des femmes, comme si la domination masculine était une importation étrangère. Elle installe dans la société l'idée dangereuse pour toutes les militantes féministes que l'égalité des sexes serait acquise et que la poursuite de leur combat serait donc illégitime, alors que les choix vestimentaires féminins notamment sont encore largement contraints par des normes de désirabilité. «On ne penserait jamais à exclure les femmes ayant subi des opérations de chirurgie esthétique, ni celles qui désirent déambuler en mini-jupe et talons de 10 centimètres pour contrer les ravages du sexisme. Qu'elles se couvrent ou se découvrent, les femmes illustrent cependant un même principe, soit le qu'elles évoluent dans des sociétés encore largement dominées par des contraintes imposées par le regard et le désir des hommes.» explique Claire Martenot.

 

Du féminisme, vraiment ?

Exclure des femmes, c'est d'abord les cantonner à la sphère privée. Prétendre défendre l'égalité des sexes en Arabie Saoudite en privant des femmes, en Suisse, de l'accès à certains postes est donc un non-sens et le signe d'un véritable retour en arrière par rapport aux combats menés par les mouvements féministes. «Même si ces affirmations de féminisme sont ici utilisées à mauvais escient, on pourrait se réjouir de voir que la lutte pour les droits des femmes semble encore toucher autant de monde. On doit malheureusement constater que celles et ceux qui la professent pour fustiger le foulard étaient étrangement absent-e-s lors de notre mobilisation du 8 mars dernier pour dénoncer les inégalités massives que subissent encore les femmes en Suisse pendant leur vie active et une fois arrivées à la retraite.» conclut Audrey Schmid. Ironie, ironie, quand tu nous tiens!

 

Groupe féminismeS de solidaritéS

Contacts: Audrey Schmid — Claire Martenot