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Réorganisation de la police en cinq corps distincts avec chacun leur hiérarchie, introduction du principe d'une organisation « militaire » pour régir la police, remise en question de nombreux acquis du personnel, refus d'établir un statut clair et respectueux pour les « assistant·e·s de sécurité publique » (ASP), possibilités d'enquêtes « préventives » à l'encontre des ci-toyen·ne·s à leur insu, chasse aux mendiant·e·s... telles étaient quelques-unes des nombreuses bonnes raisons de s'opposer à la nouvelle loi sur la police, la dite LPol.

Faisant au départ une majorité contre elle, cette loi liberticide et mal ficelée aurait dû être renvoyée à l'expéditeur ou retourner en commission pour y être retravaillée. Finalement, la loi a pourtant été acceptée en séance extraordinaire du Grand Conseil la semaine dernière grâce au concours «gouvernemental» des Verts et du PS qui se sont satisfaits de quelques concessions mineures consenties en dernière minute par l'Entente bourgeoise.

 

Des « améliorations » douteuses

Ces concessions portaient notamment sur le maintien des conditions salariales des policiers, à titre transitoire dans l'attente de l'aboutissement du projet SCORE de refonte de la classification salariale du personnel de l'Etat – cautionnant au passage le projet SCORE en question, fortement contesté par les organisations représentatives du personnel et en acceptant une proposition de création d'une commission du personnel, dont l'origine, à savoir des députés PLR, aurait dû pour le moins les alerter. En effet, dans l'épreuve de force qui a opposé le personnel de la police à son magistrat Pierre Maudet, comment ne pas comprendre cette soudaine préoccupation d'« élargir la représentation du personnel » autrement que comme une tentative pour affaiblir le syndicat.

Signalons aussi, au passage, que la loi a été votée après le refus des propositions d'ouvrir les rangs de la police aux non-titulaires du passeport helvétique, mais avec l'assurance qu'on naturaliserait de manière « facilitée » – au nom de dieu sait quels passe-droits – d'éventuel·le·s étrangers·ères avant qu'ils ne soient incorporés dans les forces de l'ordre.

 

Contre l'autoritarisme sécuritaire

La députation d'Ensemble à Gauche (EAG) a refusé d'avaliser un texte, qui, non content de remettre en question les acquis du personnel de la police et de faire perdurer l'injustice et le flou inacceptable du statut des ASP, livrés à l'arbitraire du Conseil d'Etat, conforte et assoit la politique du « tout sécuritaire » et de négation des droits démocratiques menée actuellement par Olivier Jornot et Pierre Maudet. Elle a dit NON à cette loi contraire à l'intérêt de la population.

EAG a défendu le principe d'une police au service des ci­toyen·ne·s, garante de leur sécurité en s'opposant au concept d'une police de suspicion et de répression, militarisée et au service des autorités d'abord.

Le MCG, qui s'est institué champion de la défense du personnel de la police, bien représenté dans ses rangs, a dans un premier temps proposé une pléthore d'amendements, qu'il a finalement retirés pour jouer exclusivement la carte du renvoi en commission. L'acceptation de la loi l'a amené à confirmer en plénière qu'il lancerait le référendum annoncé à longueur de débat et dont PS et Verts lui ont offert l'occasion.

 

Un refus de gauche de la LPol à construire

Aujourd'hui, concernés par un même refus de cette nouvelle loi sur la police, pour des raisons différentes et le plus souvent antagoniques à celles du MCG et de l'UDC, nous aurons à nous déterminer sur la manière dont nous nous opposerons à l'entrée en vigueur de cette loi inacceptable qui, entre autres, bafoue les libertés publiques par les pouvoirs discrétionnaires qu'elle attribue aux hiérarchies de la police, affaiblit les conditions statutaires d'un corps professionnel faisant partie intégrante de la fonction publique et refuse de reconnaître aux ASP un statut d'auxiliaire de police digne de ce nom.

Jocelyne Haller