Logo

champ dollon

 

Communiqué de presse · Mardi 25 février 2014

La situation à la prison de Champ-Dollon est devenue insupportable, tant pour ceux qui y travaillent que pour ceux qui y sont détenus. On assiste depuis quelques années à une explosion du nombre de prisonniers: en 2011, moyenne annuelle de 460, en 2012 de 630. La moyenne 2013 n'est pas encore disponible, mais depuis le début de l'année 2014, on est à 850 détenus environ, pour une capacité de 376 places.

 

De la promiscuité (4m2 par détenu, parfois 23h/24h en cellule), de l'impossibilité de garantir à ces détenus des visites suffisantes de leurs familles, un suivi social utile et un travail, jaillissent les étincelles qui menacent de faire exploser ce baril de poudre.

Une société se juge à l'état de ses prisons. Il est indigne pour Genève de laisser les détenus dans la situation de promiscuité, de désœuvrement et de violence qu'ils connaissent aujourd'hui. Pour limiter les violences et rendre aux prisonniers leur dignité, il faut réduire le nombre de prisonniers, les occuper, leur restituer leur dignité. Une situation d'urgence exige une réaction urgente. Voici trois mesures à mettre en œuvre immédiatement.

Premièrement, il faut suspendre l'exécution de peines à Champ-Dollon, sauf pour les individus dangereux qui s'y trouvent en attente d'un transfert vers un autre établissement. La prison de Champ-Dollon est destinée à la détention préventive, mais environ 35% des détenus s'y trouvent en exécution de peine – selon le règlement, pour des soldes de peines inférieurs à trois mois, concernant donc des détenus qui ne mettent pas en danger la sécurité publique. La population carcérale passera ainsi d'environ 850 à environ 570 détenus.

Deuxièmement, il faut immédiatement acquérir deux cent bracelets électroniques destinés à la surveillance à distance, à domicile, des prévenus, afin de palier au risque de fuite ou de réitération. Cette solution n'est pas une panacée mais pourra être utilisée dans certains cas. On pourra ainsi espérer passer en-dessous de la barre des 370 détenus.

Troisièmement, un certain nombre de détenus – 15%, mais ce chiffre se recoupe partiellement avec les détenus en exécution de peine – se trouvent à Champ-Dollon uniquement pour violation des règles sur l'entrée et le séjour en Suisse. Ces gens ne sont pas dangereux et n'ont de toute façon rien à faire à Champ-Dollon s'ils n'ont pas commis un autre crime ou délit. Ils doivent sortir de prison.

Pour la suite, ce seront des solutions à long terme qu'il faudra développer en particulier le développement des peines alternatives à la prison. Mais dans l'intervalle, ces trois solutions permettront de faire baisser les violences immédiatement.

Pierre Bayenet
Avocat
Candidat au poste de Procureur général