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Nous reproduisons ci-dessous les discours prononcés ce vendredi 9 novembre par Jocelyne Haller (solidaritéS) et Tobia Schnebli (GSsA) à la manifestation commémorative pour les 80 ans du massacre du 9 novembre 1932.

 

Voir des vidéos de la manif + prises de paroles.

 

Plus jamais ça ! Rien n'est moins sûr!

Depuis le temps que nous le disons - que chacun s'accorde à condamner la violence tout court ou la violence d'Etat - cette dernière ne cesse de progresser et d'accabler les populations d'ici ou d'ailleurs. Sous diverses formes, à des degrés divers ! La force armée, au service des intérêts financiers, s'exerce toujours et encore contre le peuple.

Plus jamais ça ! rien n'est moins sûr !

Car comment faut-il comprendre autrement l'insistance de la droite, de l'extrême droite, et de leurs alliés, d'inscrire dans la nouvelle Constitution une disposition, qui en son art. 112 prévoit que « le Conseil d'Etat puisse solliciter le recours à l'armée à des fins civiles » ? Si ce n'est pour contenir, réprimer des troubles intérieurs.

Troubles intérieurs, qu'ils ont tout lieu de craindre, compte tenu de la politique impudente de dérégulation qu'ils mènent. Car ils le savent, eux, que : Qui sème la misère récolte la colère ! Alors, comme par le passé, ils se préparent à étouffer la colère du peuple. Ils se tiennent même prêts à fourbir leurs armes, si nécessaire. Entre temps, ils ont recours à d'autres manœuvres.

Pour masquer leur responsabilité dans la crise actuelle pour les uns, pour masquer leur incapacité à s'y opposer et leur résignation à en accompagner le mouvement pour les autres, Ils divisent, désignent des faux coupables: les chômeurs, les bénéficiaires de l'aide sociale, les requérants d'asile, et somme toute les fonctionnaires.

Autant de catégories de personnes, qu'il est aisé aux nantis de charger de tous les maux. Livrer en pâture ces boucs émissaires aux populismes les plus abjects, voilà le paratonnerre dont cette droite arrogantes, et ses affidés, ont cru devoir se munir.

Cependant, aujourd'hui cette aile populiste les dépasse par leur droite, et nous assistons à une sorte de surenchère qui amène aux propositions les plus folles de démantèlement, et de remise en question des droits sociaux. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner les propositions indécentes du PLR.

PLR, qui il y a moins d'un mois encore, avant le vote de la Constitution, abusait qui voulait bien être abusé, et assurait, sous des mines de Tartuffe, son attachement la défense des droits fondamentaux et aux vertus de la concertation. Qu'en sera-t-il de ces derniers avec les mesures du PLR ? Comment prendre au sérieux ce soudain engouement de la droite pour des notions qu'elle bafoue au quotidien ? Les propositions du PLR, et celles des autres partis de droite entraînés dans son sillage, ne visent rien d'autre que moins d'Etat pour les pauvres, et plus de privilèges pour les riches.

Ne nous laissons pas leurrer. Bas les masques. Débusquons les véritables abuseurs ! Pas les chômeurs, pas les requérants d'asile, pas les pauvres, pas les fonctionnaires. Mais les multinationales, les traders, les milieux économiques et financiers, et leurs affidés politiques.

Ne nous laissons pas diviser, reconstruisons les solidarités, unissons-nous ! Affirmons contre la violence de leurs armes la force de nos solidarités, le sens de nos luttes !

 

Jocelyne Haller
solidaritéS, 9 novembre 2012

 

La militarisation de la sécurité intérieure est un grave danger pour la démocratie et les mouvements sociaux

Cher-e-s participant-e-s à cette manifestation et à cette commémoration

Cher-e-s camarades, cher-e-s ami-e-s,

Depuis la fin de la guerre froide et en particulier ces dix-douze dernières années, l'armée suisse multiplie ses engagements de sécurité à l'intérieur. La droite du parlement suisse a soutenu et fait approuver la garde militaire des ambassades à GE, BE, ZH, la mobilisation de l'armée lors du G8 d'Evian en 2003, pour l'Euro-Foot en 2008, et encore le déploiement de l'armée toutes les années au WEF de Davos pour protéger les puissants de la planète qui s'y retrouvent. Le GSsA a toujours dénoncé cette militarisation de tâches civiles qui sont devenues une routine alors que même d'après la Constitution fédérale le recours à l'armée à l'intérieur devrait se faire uniquement en situations absolument exceptionnelles et quand les menaces pour la sécurité sont très graves.

C'est pour cela que le GSsA s'est opposé fermement à la nouvelle constitution genevoise qui à son article 112 donne une légitimation très malvenue à la militarisation de ce qui s'appelle le maintien de l'ordre et de la sécurité intérieure.

Aujourd'hui, avec une crise économique et sociale qui s'aggrave partout en Europe, la droite suisse veut remonter le budget de l'armée à 5 milliards. C'est non seulement pour acheter des nouveaux avions de combat, mais aussi pour former et équiper des nouveaux bataillons de police militaire et aussi pour acheter de nouveaux drônes qui seront également utilisés pour des tâches de police à l'intérieur.

Nous, les mouvements politiques et sociaux qui luttons contre la casse et l'exclusion sociales et pour de vrais droits démocratiques pour tous et toutes, nous devons nous opposer au réarmement et à la militarisation de la sécurité intérieure parce que les bataillons de police militaire tout comme les récents exercices « STABILO 2 » de l'armée sont dirigés contre nos mouvements sociaux et contre nos luttes.

Et nous devons dénoncer très fermement les propos du président de la Société suisse des officiers qui vient de déclarer que les émeutes à Londres du mois d'août 2011 c'était quasiment la guerre civile et que l'armée doit se préparer pour ce genre de scénarios en Suisse.

Avant de se préparer avec les armements, toutes les guerres et surtout les guerres civiles se préparent dans les têtes des gens. C'est pour cela que des déclarations comme celle du président de la société suisse des officiers sont extrêmement dangereuses, parce qu'elles essaient de rendre acceptable ce qui est normalement impensable comme par exemple la guerre civile en Europe et en Suisse.

C'est pour toutes ces raisons qu'il est très important de manifester aujourd'hui, pour que le « PLUS JAMAIS ÇA » ne reste pas uniquement inscrit sur la pierre commémorative, mais qu'il reste présent dans nos têtes et nos cœurs dans nos luttes de tous les jours.

Tobia Schnebli
GSsA, 9 novembre 2012