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Mis à part le curé chantant de la chrétienté et du Reich allemand, Oskar Freysinger, on connaît peu en Suisse romande l'ASIN et ses dirigeant·e·s. Cette Action pour une Suisse indépendante et neutre regroupe les purs et durs de l'UDC et quelques autres laudateurs du « Réduit national ». Contrairement à l'UDC, elle soutient l'initiative d'ECOPOP. Et cela n'a rien d'illogique, car le mouvement xénophobe et une certaine vision de l'écologie ne manquent pas d'affinités. Lorsque ECOPOP s'appelait encore Communauté de travail pour les questions de population, son vice-président, Valentin Oehen, appelait à désamorcer la bombe humaine et à cesser d'assassiner la Terre. En toute connaissance de cause, il investira avec ses fidèles l'Action nationale contre la surpopulation étrangère de James Schwarzenbach, dont il deviendra le président. Sous sa houlette, l'Action nationale lancera une initiative contre le « bradage du sol national ». Valentin Oehen finira sa carrière politique en fondant le Parti écologiste libéral au Tessin.

Sans remonter au révérend Malthus, l'idée de surpopulation a une longue histoire dans le mouvement écologiste ou aux franges de celui-ci. Le sociologue américain Paul R. Ehrlich publie en 1968 The Population Bomb, prévoyant plusieurs catastrophes – jamais vérifiées – dues à la croissance de la population. L'heure est alors au péril jaune et à ses hordes déferlant sur l'Occident. Aujourd'hui, Paul R. Ehrlich patronne, avec des écologistes comme James Lovelock, le laboratoire d'idées et groupe de pression Population matters qui, au nom du développement durable, lutte contre la croissance de la population. Un de ses dirigeants, le cinéaste et naturaliste Sir David Attenborough déclara tout net il y a peu que « les êtres humains sont une peste sur la Terre ». Une vision qui est aussi celle du courant de l'écologie profonde (deep ecology) dont l'inspirateur, le philosophe norvégien Arne Naess, s'opposa à l'immigration au motif que chaque migration d'un pauvre dans un pays riche provoque un stress écologique. Une argumentation que l'on retrouve aujourd'hui sur le site d'ECOPOP.

La base du raisonnement de cette nébuleuse est toujours la même : on prend d'un côté l'évolution démographique et de l'autre celle des dommages que l'on prétend combattre; le plus souvent, on constate certaines similitudes. Cette corrélation devient ensuite un lien de cause à effet. ECOPOP fait de même : ces « écologistes » mettent côte à côte, durant une certaine période, la croissance de la population en pour cent et celle de la surface des agglomérations. Comme la croissance de la population est due à 80 % à l'immigration, ECOPOP en conclut que 80 % de la croissance des agglomérations est due à l'immigration. L'erreur statistique est manifeste : le fait qu'il y ait une concomitance entre les deux phénomènes ne prouve pas que l'un soit la cause de l'autre. Du reste, même la concomitance n'est pas démontrée : entre 1994 et 2006, les cantons du Jura et de Zoug ont connu une forte croissance de la surface des agglomérations, bien que leur population n'ait pas augmenté, voire ait diminué; à Genève en revanche, il y a eu une forte croissance de la population avec une faible croissance des agglomérations. Et la période du plus fort « bétonnage » de la Suisse est celle où l'immigration fut la plus faible.

Plus que manifeste, l'erreur est volontaire, puisque répétée à propos de questions comme la mobilité. Il s'agit d'abord de satisfaire au présupposé idéologique de l'association, dont les statuts indiquent clairement à l'article 2 qu'elle a pour objectif de rendre consciente l'opinion publique des liens de causalité entre la densité de population et la menace sur l'environnement.

Cet enfumage sur la responsabilité de l'immigration dans les dégradations environnementales planétaires devient particulièrement scandaleux au moment même ou le Conseil fédéral autorise les entreprises suisses à acquérir plus de droits d'émissions de CO2 à l'étranger. Encore un coup de la surpopulation étrangère ?

 

Daniel Süri