Texte du tract distribué lors de la manifestation du 1er mars 2014 " Pour une Suisse solidaire et ouverte"

Suite à la victoire de l'initiative xénophobe de l'UDC du 9 février 2014, et à la décision du Conseil fédéral de ne pas étendre les accords existants à la Croatie, l'Union européenne a notamment réagi en suspendant la participation de la Suisse aux programmes Erasmus+ et Horizon 2020.

 

Austérité et conservatisme

Mais les conséquences de la victoire de l'initiative xénophobe doivent être analysées dans une perspective beaucoup plus large, que ce premier retour de bâton sur le monde universitaire et de la recherche.

 En effet quelles réponses apporter et quelles ripostes organiser pour faire face à la progression des inégalités sociales et de la précarité, mais aussi à montée des divisions, de la xénophobie et du racisme qui va de pair parmi les salarié·e·s? Comment construire un front social de résistance à une politique gouvernementale que mènent de concert le PSS et les partis bourgeois, et dont l'UDC bat la mesure?

En toile de fond de cette montée réactionnaire (nationalisme, attaques contre l'avortement, etc.), on assiste à une offensive néolibérale généralisée à l'échelle européenne, dont la Suisse n'est pas en reste. Des gouvernements de droite comme de «gauche» mènent des politiques d'austérité qui mettent à mal les conquêtes sociales des décennies antérieures (retraites, assurances sociales, etc.) et laminent les services publics. Ce sont les classes populaires et les jeunes qui écopent en première ligne.

 

Frustration populaire légitime

Or, on l'a vu ce dimanche 9 février: en plus du traditionnel vote xénophobe, dopé par les campagnes franchement racistes de ces dernières années, en particulier contre les musulmans, une partie du OUI à l'initiative exprimait aussi une frustration populaire légitime face au dumping salarial, aux mesures d'austérité et aux attaques sur les droits et acquis sociaux en Suisse.

Le PSS et la droite bourgeoise (à l'exception de l'UDC), loin des préoccupations des classes populaires, a fait campagne en bloc avec les milieux économiques dominants pour défendre la compétitivité suisse. En clair, il a assumé la vision capitaliste de l'immigration: des bras et non des femmes et des hommes, une main-d'œuvre bon marché et facilement exploitable.

De son côté, l'UDC a défendu la réintroduction des plafonds et des contingents en indiquant qu'ils devaient être mis en place en fonction des besoins de l'économie, mais en choisissant les candidat·e·s les plus capables de «s'intégrer», un langage à peine codé pour marquer le rejet raciste des non-Européen·nes. C'est pourquoi, elle a reçu le soutien de fractions très conservatrices du patronat, notamment au sein de l'USAM (Union suisse des arts et métiers), rejointes par Thomas Minder, le champion des petits actionnaires.

 

Que veulent les milieux bourgeois?

L'orientation générale de la bourgeoisie suisse — par-delà les désaccords qui la traversent — après le OUI du 9 février, peut en effet être résumée par cette phrase programmatique d'un long édito de la Neue Zürcher Zeitung, publié le 15 février dernier: «Pour qu'une Suisse ayant confiance en elle puisse continuer à prospérer en tant qu'"oasis de bien-être", elle doit être meilleure, plus entrepreneuriale et plus ouverte que la concurrence afin d'assurer sa place en Europe» (Peter A. Fischer, chef de la rubrique économique de la NZZ).

Afin d'«accroître la compétitivité par ses propres forces», Fischer réclame les mesures suivantes:

- Suppression des très maigres «mesures d'accompagnement» de la libre circulation;

- Liquidation de toutes les formes de salaires minimaux dans les conventions collectives, et rejet sans appel de l'initiative de l'Union syndicale suisse (salaire minimum légal de 22 francs de l'heure);

- Déréglementation et privatisation de tout ce qui peut l'être;

- Promotion rapide d'un système fiscal «qui rivalise avec les plus attractifs existant dans l'Union européenne».

 

De violentes attaques en perspective

Ce dernier point est d'une importance cruciale pour le patronat suisse, qui veut utiliser le choc provoqué par l'acceptation de l'initiative de l'UDC pour mettre en place le plus rapidement possible ce qu'il appelle «la réforme de l'imposition des entreprises N° 3».

De quoi s'agit-il? Sous prétexte de l'abolition de privilèges exorbitants accordés à certains types de sociétés établies en Suisse – sociétés de domicile et holdings –, les milieux dirigeants prévoient de faire des cadeaux fiscaux massifs à l'ensemble des capitalistes. Plus précisément, le patronat vise:

- Une diminution générale du taux d'imposition des bénéfices pour toutes les entreprises établies en Suisse: actuellement, le taux maximum (impôt cantonal et IFD cumulés) oscille entre 13% (Lucerne) et 24% (Genève) ; le patronat et le Conseil fédéral aimeraient le ramener à 12-15%.

- L'introduction de privilèges fiscaux très importants (baisse du taux d'imposition jusqu'à 80 %) pour les bénéfices des entreprises qui découlent de la propriété intellectuelle (des brevets).

- Ces mesures devraient encore être «complétées» par une série de disposition destinées aussi à diminuer l'imposition globale des entreprises, notamment en les autorisant à déduire de leurs bénéfices les intérêts fictifs payés sur leur capital propre et en supprimant les droits de timbre sur l'émission de ce dernier.

Ces allègements fiscaux massifs offerts aux couches sociales qui ont déjà profité de multiples cadeaux semblables durant les deux dernières décennies creuseraient un trou béant dans les recettes des collectivités publiques (Confédération, cantons et communes) – 3 milliards au minimum.

Qui va payer? Là aussi, le patronat dispose d'une réponse toute prête: la grande masse des salarié·e·s. Comment? Par des plans d'austérité draconiens et par une hausse de la TVA.

 

Etudiants et chercheurs dans le collimateur

Pour revenir à la suspension d'Erasmus+ et d'Horizon 2020, la menace sur le système académique et les étudiant·e·s, en particulier étrangers, est également grave.

Le modèle académique suisse serait durement touché par un ralentissement des échanges avec nos voisins directs. Les programmes européens atteignent 17 % du total des financements publics, proche des 23 % de ceux du Fonds national de la recherche (FNS). Ce financement fonctionnant sur un mode libéral de «libre concurrence» a des défauts: lourdeurs administratives, formatage d'une recherche relativement conformiste, nivellement par les «pairs», etc. Cependant, dans de nombreux domaines où la pression en faveur d'une recherche «orientée vers des résultats» est forte, il offre encore une certaine protection contre la marchandisation et le contrôle des amphis par les multinationales. Les financements européens et le FNS contribuent à une certaine indépendance de la science, ne serait-ce que par leur mode d'attribution. C'est un bon moyen de se protéger d'une trop grande soumission des hautes écoles aux impératifs des grands groupes économiques, si puissants en Suisse.

Les programmes Erasmus donnent aussi la possibilité d'accueillir en Suisse et d'envoyer dans des pays de l'UE des chercheuses et chercheurs, ce qui est la condition d'une recherche de qualité. C'est pourquoi nous demandons leur maintien. Un équivalent doit être développé, autant pour les étudiant·e·s de Suisse que de l'étranger, si les négociations entre l'UE et la Suisse n'aboutissent pas rapidement.

Il est aussi de la responsabilité de la Confédération de garantir la stabilité des chercheuses et chercheurs vivant en Suisse, en compensant au besoin les pertes de financements européens par ses propres moyens.

Nous exigeons enfin des bourses qui permettent d'étudier dignement, ainsi que la gratuité de la formation tertiaire. Face aux rectorats qui entendent accroître la pression financière sur les étudiant·e·s étrangers, notamment à Saint-Gall, et pour répondre aux attaques xénophobes et racistes de la droite, nous défendons l'ouverture accrue de nos écoles aux étudiant·e·s étrangers.

 

Lutter contre la xénophobie et le racisme, c'est aussi refuser le creusement des inégalités

Notre lutte contre la xénophobie et le racisme, s'inscrit dans le combat contre la montée des inégalités et des discriminations, caractéristiques du capitalisme d'aujourd'hui. Suisses et immigré·e·s ensemble, nous devons en effet nous battre pour des mesures sociales concrètes protégeant nos droits: l'inscription d'un salaire minimum de 4000 francs dans la loi et le renforcement des droits sociaux (maladie, invalidité, chômage, etc.); la fusion du 2e pilier avec l'AVS avec garantie des droits acquis; l'inscription de salaires minimaux dans les conventions collectives et le contrôle renforcé de leur respect, notamment par les syndicats, sur les lieux de travail; la protection légale des élu-e-s du personnel et contre les licenciements collectifs; un large front commun pour faire échec à «la réforme de l'imposition des entreprises n° 3»; une mobilisation permanente contre le racisme et l'islamophobie et pour la régularisation des sans-papiers, mais aussi pour l'abolition de tous les statuts discriminatoires liés aux permis de travail.

L'urgence est donc à l'unité pour défendre les droits sociaux et démocratiques de toutes et tous.

Au-delà, il s'agit surtout de reconstruire un front social et syndical de gauche qui refuse toute collaboration avec les partis bourgeois pour engager le combat dans les entreprises, dans les quartiers et dans la rue, contre la « préférence patronale » et le démantèlement d'un déjà bien maigre Etat social.

Pour lutter contre la xénophobie, le racisme, l'islamophobie et l'exclusion, luttons contre le capitalisme toutes et tous ensemble!

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