La faillite de l'UBS en 2008 a été évitée de justesse grâce à l'opération de sauvetage de la Confédération et de la Banque nationale suisse (BNS). L'ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin se vante d'avoir réussi une bonne opération pour la Confédération (les 6 milliards de francs ont été récupérés avec un gain de 1,2 milliard). Or, l'essentiel du sauvetage a consisté en la création d'un fonds de défaisance des actifs toxiques de l'UBS financé par la BNS et prévu jusqu'à 68 milliards de francs. Une bonne partie des ces créances douteuses auraient été revendues, mais l'opacité règne sur les détails de cette opération.

 La surproduction de capital fictif a accentué la concurrence entre les banques en mal de liquidités et de profits. Le gouvernement des USA, qui a injecté des centaines de milliards de dollars pour éviter l'effondrement des banques américaines, s'est lancé à la poursuite des fraudeurs du fisc. En 2009, l'UBS a dû livrer les noms de ses clients américains soupçonnés d'avoir fraudé le fisc, pour échapper elle-même à une action pénale menaçant son existence, et payer une amende de 780 millions de francs. L'action s'est ensuite étendue aux autres banques suisses qui, sans vergogne, ont pris le relais de l'UBS en accueillant à leur tour les fraudeurs du fisc américains.

Tout en étant obligés de reculer, les milieux dirigeants suisses ont cependant réussi, jusqu'à présent, à préserver le cœur du secret bancaire, en refusant l'échange automatique d'informations fiscales. Le Conseil fédéral tente, depuis 2011, de faire diminuer la pression en essayant de conclure des accords basés sur le versement d'un impôt libératoire. Cette stratégie n'apporte pas les succès escomptés: le parlement allemand a rejeté un tel accord et le programme américain censé permettre à toutes les banques suisses de régulariser leur différend fiscal avec les USA les contraint à passer à la caisse.

Si Conseil fédéral a été obligé d'accepter que l'échange automatique d'informations soit discuté avec ses partenaires européens, ce n'est malheureusement pas sous la pression intérieure. Depuis l'initiative populaire « Contre l'abus du secret bancaire et de la puissance des banques », refusée par 73 % des citoyens en 1984, le Parti socialiste a même déserté ce combat. En 2009, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey défendait encore le secret bancaire, n'admettant qu'un assouplissement de sa levée.

Une autre source de profit de nature parasitaire provient de la fuite de capitaux non déclarés en provenance de pays en voie de développement ou émergents. Le Boston Consulting Group indique qu'en 2011, 980 milliards de dollars déposés en Suisse provenaient d'Asie, d'Amérique latine, du Moyen-Orient et d'Afrique.

Le modèle d'accumulation du capitalisme n'a pas changé depuis la débâcle financière de 2008. Les mécanismes de croissance des revenus des plus riches perdurent et de nombreux capitaux sont à la recherche de placement. C'est pourquoi les avoirs gérés par les banques en Suisse continuent de progresser, même avec la perspective d'un affaiblissement du secret bancaire, car les banques ont d'autres atouts.

L'histoire du secret bancaire helvétique est symptomatique du degré élevé de parasitisme atteint par le capitalisme financier helvétique. La leçon de la faillite évitée de justesse de l'UBS n'ayant pas été tirée, de nouvelles bulles spéculatives finiront par éclater, provoquant des effets analogues à ceux de 2008. Supprimer radicalement le secret bancaire apparait comme une mesure élémentaire, non seulement de justice sociale, mais aussi de sécurité publique. Elle devrait s'accompagner de mesures de taxation massive du grand capital et plus profondément, d'une politique radicale visant la transformation des banques en service public de l'épargne et du crédit. Celui-ci aurait pour mission de financer les investissements des services publics (notamment la reconversion écologique). Ce serait un élément essentiel d'un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise. Cet objectif semble purement théorique. Comme le paraissait à beaucoup, avant Fukushima, l'idée de l'abandon de l'énergie atomique.

 

Pierre-Yves Oppikofer

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