Dénoncer l'escroquerie du discours xénophobe

Le paysage politique, en Suisse et en Europe, est indubitablement et très largement envahi par ce que l'on nomme communément le « problème de l'immigration ». Un « problème » fort commode puisqu'il a l'avantage, posé comme tel, d'inviter à le résoudre avec des solutions simples, à savoir en limitant le flux entrant de mi­grant·e·s et en expulsant celles et ceux qui sont déjà entré·e·s. Un problème et des solutions simples qui ont pour deuxième avantage non moins important de diviser les tra­vail­leurs·euses, les locataires et autres usager-es et/ou bénéficiaires de prestations publiques et sociales.

Après l'initiative de l'UDC « Contre l'immigration de masse » qui, le 9 février dernier, a passé de justesse la rampe, nous allons à nouveau, à moins d'une année d'intervalle, voter sur une initiative demandant la limitation encore plus drastique de l'immigration. L'initiative d'Ecopop sur laquelle nous nous exprimerons le 30 novembre prochain souhaite notamment limiter à 0,2 % par an le solde migratoire en Suisse. Parallèlement, le droit d'asile continue d'occuper les esprits et pas seulement ceux de l'UDC qui, après sa tentative échouée en 2002 et forte de ses derniers succès sur la thématique de l'immigration, est en train de nous concocter une nouvelle initiative pour durcir le droit d'asile. Dans le même temps, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Somarruga s'y intéresse également et propose aux parlementaires un projet de restructuration de l'asile qui a pour objectif principal d'accélérer les procédures. Déjà en vigueur à Genève depuis 2007, l'interdiction de la mendicité fera l'objet d'une votation populaire à Lausanne en 2015. La population Rom est ici directement visée.

On ne compte plus les projets, initiatives, débats qui mettent en avant le « problème de l'immigration », l'insécurité liée aux « dealers africains et/ou maghrébins », le spectre d'une « islamisation » en Suisse et en Europe remettant en question les « valeurs chrétiennes ». Une rhétorique qui, plus que jamais, porte ses fruits. Si en Suisse l'UDC en est la figure de proue, elle n'a pas tardé à se voir ravir le monopole de ces questions par le reste des partis politique (gauche et droite confondue). C'est donc avec le concours de l'ensemble de l'establishment politique que l'immigration, et plus généralement l'« étranger », est devenu un problème à propos duquel « il ne faut plus fermer les yeux ». Les yeux restent pourtant bien clos lorsqu'il s'agit du scandale des forfaits fiscaux accordés aux propriétaires de fortunes colossales venant s'installer en suisse.

 

Trouver une réponse face à la xénophobie

Face à cette déferlante raciste et xénophobe, il est plus que jamais primordial pour notre camp de répondre avec force. D'abord en continuant, sans relâche, de dénoncer l'escroquerie géante que représentent ces politiques. Prétendant s'inquiéter des problèmes de sécurité, de logement, de transports ou d'écologie, les tenants de ces discours font disparaitre de la scène politique les vrais responsables des dysfonctionnements dont ils disent se préoccuper. Quand sera-t-il question d'une loi contre la spéculation immobilière qui fait s'envoler les prix des loyers ; de protection des tra­vail­leurs·euses contre les licenciements ou de l'obligation de conclure des conventions collectives avec des salaires minimums dignes de ce nom pour lutter contre le dumping salarial ; d'une fiscalité juste et équitable à un taux très progressif afin de renflouer les caisses d'un état qui se plaint sans cesse de manquer de ressources (excepté pour l'armée bien entendu) ; d'une hausse conséquente des rentes des re­trai­té·e·s pour que nos aîné·e·s puissent vivre dignement ; de la régularisation collective des sans-papiers pour mettre fin à l'hypocrisie que leur statut représente ; de la fin du régime inhumain de l' « aide d'urgence » ; d'une égalité de droit effective pour toutes et tous vis-à-vis du logement, de la fiscalité, de l'accès aux prestations sociales, du droit au regroupement familial ?

Evidemment, cela ne peut se faire sans la constitution de mouvements forts, démocratiques, avec une ligne politique antiraciste fondée sur la lutte collective de celles et ceux qui sont les premières victimes de ce système, à savoir les mi­grant·e·s. La nouvelle disparition de plusieurs centaines d'entre eux suite au naufrage de leur embarcation en Méditerranée est là pour rappeler ce qui constitue est le véritable drame de l'immigration.

En tant que mouvement politique antiraciste, l'une de nos tâches est d'affirmer notre solidarité avec les luttes menées par ces collectifs et mouvements, de les appuyer dans leurs combats. A terme, il s'agit de faire émerger un mouvement antiraciste qui rassemble ces forces dans chacune des luttes que nous pourrons mener en commun. Un mouvement transversal – politique, syndical et associatif – luttant pour l'égalité et la fin des discriminations entre « nationaux » et mi­grant·e·s. Un mouvement qui soit capable de porter un regard critique sur les notions même d'« étranger » et de « race » fruits de constructions culturelles, sociales et discursives.

Vincent Trunde

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