multinationales

La Wochenzeitung (WOZ) a levé un beau lièvre, en montrant que, contrairement à ce qui avait été officiellement annoncé par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, l'une des deux chaires financées par Nestlé impliquait un droit de veto de la multinationale sur la nomination du professeur occupant ce poste. Cette découverte ne s'est pas faite facilement. Le journal a en effet dû recourir aux services du Préposé fédéral à la protection des données pour avoir accès aux documents signés par l'EPFL, comme à ceux de l'ETHZ, où Syngenta, géant suisse de la chimie et de l'agro-alimentaire, s'est aussi offert une chaire. Pas bégueule, l'Université de Zurich a accueilli à bras ouverts les cent millions d'UBS, un modèle bien connu d'éthique professionnelle. Les conditions de cette influence renforcée des multinationales sur les institutions universitaires suisses sont diverses, mais la tendance est claire depuis des années.

 Elle est fièrement revendiquée par le président de l'EPFL, Patrick Aebischer, queLe Temps n'hésite pas à qualifier de « Roi-Soleil » et de « fierté retrouvée des Romands ». L'ancien médecin et chercheur en neurosciences défend bec et ongles la symbiose entre le monde universitaire et celui des affaires. Dans le cas de la chaire de Nestlé, il assume la tête haute les clauses du contrat et souligne que « la liberté académique est totalement garantie ».

Nestlé manifesterait-elle un intérêt exclusivement philanthropique pour la recherche ? Evidemment non. Les deux chaires que finance Nestlé ont été accompagnées de l'implantation, sur le domaine de l'EPFL, de l'institut de recherche de la multinationale en matière de santé (Nestlé Institute of Health Sciences). A ces démarches côté sciences correspond la création, au niveau économique, de la filiale Nestlé Health Science SA. Et qui retrouve-t-on dans le Conseil d'administration de cette dernière ? Non seulement le professeur qui dirige l'Institut, Emmanuel Baetge, mais aussi – coucou ! – Patrick Aebischer. Ce n'est plus de la symbiose, c'est de la fusion !

La stratégie de Nestlé est déclarée : il s'agit, après le galop d'essai des alicaments, de passer au stade des thérapies nutritionnelles (un marché que l'entreprise évalue entre 100 et 150 milliards par an). L'Institut est ainsi chargé de chercher les solutions nutritionnelles pour contrer l'évolution du diabète, de l'obésité et de la maladie d'Alzheimer. Il est particulièrement piquant de voir la multinationale qui produit l'un des alicaments les plus sucrés (le yaourt dit « probiotique » LC1) se préoccuper ensuite de diabète et d'obésité. Contribuer à la maladie et fournir le médicament : ce doit être ça le cercle vertueux du capital vu de Vevey. L'une des deux chaires financées par Nestlé, dirigée par le professeur Auwerx, concerne le métabolisme énergétique. Un domaine qui intéresse aussi l'autre géant du secteur alimentaire : en 2009, ce chercheur avait reçu le prix international de nutrition du groupe Danone. La réplique de Nestlé n'a pas tardé, on le voit.

Oui mais, dirait Aebischer, la « liberté académique est totalement garantie ». Peut-être, bien que l'on voie mal Nestlé financer une chaire de nutrition critiquant scientifiquement le contenu de ses produits alimentaires et leur influence sur l'obésité.

Surtout, la question n'est pas celle de la liberté académique. C'est celle de la présence des multinationales et de la symbiose recherchée avec ces entreprises. Le professeur Libero Zuppiroli, auteur du petit ouvrage stimulant La bulle universitaire. Faut-il poursuivre le rêve américain ? indiquait dans un article de la revue interne de l'EPFL, Flash, que les trois mamelles de l'EPFL, les technologies de l'information et de la télécommunication, les biotechnologies et les nanotechnologies, étaient celles qui intéressaient au premier chef les multinationales, seules entités capables de mobiliser suffisamment de capitaux pour assurer ensuite le développement et la diffusion marchande des découvertes. Cela implique, évidemment, une décision implicite sur les crédits de la recherche : ce qui n'intéresse pas les entreprises mondialisées est délaissé.

Plus grave encore : la force financière des entreprises entraîne des biais dans la recherche elle-même. Le cas le plus courant est celui de la collaboration, plus ou moins dissimulée, de chercheurs couvrant les méfaits de telle ou telle production industrielle. Soit par la négation de ces effets, soit en détournant l'attention sur un problème annexe. Au-delà de ces cas précis, c'est toute une orientation de la recherche publique qui peut être dévoyée. L'historien des sciences américains Robert Proctor a aussi montré comment l'intérêt porté par l'industrie du tabac à la génétique fonctionnelle – celle qui découvre toutes les semaines « le gène » de quelque chose, celui de l'homosexualité, par exemple – a empêché d'autres écoles d'émerger dans le même champ scientifique.

La conséquence est claire : les entreprises n'ont rien à faire à l'université. En payant correctement leurs impôts, sans « optimisation fiscale », elles permettront à l'Etat de financer toutes les recherches jugées nécessaires par la communauté scientifique et le débat démocratique. Cette revendication de fond vient s'ajouter à celles que défend l'appel de Zurich, lancé par le milieu académique après l'accord de collaboration avec l'UBS, et qui rappelle que l'université est un bien commun qui se situe hors de l'espace mercantile.

Daniel Süri

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