solidaritéS
n°159 (04/12/2009), p. 15.

Articles liés. Numéro 159 | Auteurs: Jean BATOU | Rubriques: Genève | Anticapitalisme

Genève

La LHOM ne passera pas ! « au centre l’humain… »


Au moment où nous mettons sous presse, le Grand Conseil genevois est saisi d’un projet de loi de L’Entente (partis bourgeois) en faveur de l’ouverture prolongée des magasins – tous les jours jusqu’à 20 h, le samedi jusqu’à 19 h, et le dimanche quatre fois par an (voir solidaritéS, n° 159). Une mesure extrêmement brutale pour les 20 000 salarié-e-s du commerce de détail, mais aussi un appel à la flexibilisation du travail dans tous les autres secteurs. « Au centre l’humain », clame pourtant le PDC, dont le Conseiller d’Etat Pierre-François Unger est à la manoeuvre.

Les auteurs du projet lancent pourtant des signaux discordants. Vont-ils exiger un vote en urgence au parlement, à la veille de Noël, ne serait-ce que pour donner plus de fil à retordre aux référendaires ? C’était leur projet initial. Mais à l’occasion d’un débat contradictoire sur les ondes de Radio-Cité, ce vendredi 27 novembre, le directeur de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (CCIG), le député radical Jacques Jeannerat, a déclaré au signataire de ce papier que le vote aurait lieu plus tard, tranquillement en janvier, après consultation des partenaires sociaux. Un propos bien farfelu, de la part d’un représentant attitré des associations patronales, lesquelles ont précisément rompu toutes négociations en janvier dernier pour passer en force au Grand Conseil.

Divisions patronales

Si la droite renonce à adopter cette loi en urgence, les 3 et 4 décembre, c’est sans doute qu’il y a de l’eau dans le gaz dans son propre camp. Il semble en effet que le petit commerce se soit fait un peu forcer la main pour soutenir cette déréglementation sévère. Ainsi, la récente publication de l’étude du professeur Giuseppe Pini (Laboratoire d’économie appliquée de l’UNIGE) révèle que 19 % seulement des employeurs de la branche lui seraient favorables, ce qui prend sans doute certains partisans des nocturnes à contre-pied : ils souhaiteraient sans doute un front patronal plus solide et des opposants plus divisés.

    Ceci explique aussi que le Conseiller d’Etat Pierre-François Unger (PDC), patron de l’économie, envisage aujourd’hui de proposer que cette disposition ait un caractère expérimental pour 3 ans, histoire de se donner le temps de convaincre les sceptiques, mais aussi d’affaiblir les référendaires. Cette manoeuvre de dernière minute, pour autant qu’elle séduise la droite, nécessiterait aussi quelques semaines de consultations supplémentaires.

    Dans tous les cas, en décembre, en janvier, voire même plus tard, solidaritéS a décidé de s’engager avec les syndicats et d’autres forces en faveur d’un référendum contre l’extension des heures d’ouverture, d’abord pour refuser une dégradation massive des conditions de travail dans un secteur déjà bien mal loti, mais aussi pour résister aux effets induits d’une telle mesure sur la flexibilisation du travail dans les autres branches. Cette attaque vise de surcroît un personnel en majorité féminin (à 80 %), mal payé, qui subit des temps partiels imposés (35 % des effectifs) et des horaires irréguliers.

Main basse sur la ville

L’adoption de la LHOM favoriserait la concentration économique (60 petits commerces disparaissent déjà chaque année) et la suppression d’emplois dans ce secteur, mais aussi un aménagement urbain dicté toujours plus par la spéculation foncière, stimulant l’accroissement des nuisances et la boulimie énergétique. Enfin, elle encouragerait encore une culture de la consommation sans frein, promue au rang de loisir. Vive  le lèche-vitrines et la frénésie d’achats « l’affluenza, comme disent les Américains », ainsi que la frustration qu’ils suscitent quand on n’en a pas les moyens !

    C’est pourquoi la LHOM ne passera pas. Ensemble, les salarié·es du commerce de détail et leurs syndicats, les étudiants qui y travaillent en surnuméraires, les organisations féminines, les écologistes, les associations d’habitants et de citadins qui défendent la ville comme un bien commun, les organisations de consommateurs et de retraités, les médecins du travail, les milieux culturels, femmes et hommes, au coude à coude, construisons un large front social pour dire NON à l’inacceptable. Toutes et tous ensemble, nous pouvons gagner !

Jean Batou



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