n°141 (21/01/2009), p. 10. | ![]() ![]() ![]() |
Articles liés. Numéro 141 | Auteurs: Hans-Peter RENK | Rubriques: National | Armée | |
National
Scandale autour d’un petit avion si vil
L’ouvrage de Jean-Marie Pellaux, « L’affaire Pilatus. Les milieux engagés et la Suisse officielle face aux exportations d’armes (1978-1985) », publié l’an passé par l’Université de Fribourg, a ciblé un joyau de l’industrie d’armement, que les milieux officiels et industriels voulaient déguiser en ustensile inoffensif.
Cette affaire a décollé en novembre 1978 : Ariel Herbez, alors journaliste à « Tout va Bien hebdo » (publication de gauche, publié à Genève) et féru d’aviation, révéla que le nouveau modèle d’avion fabriqué par l’entreprise Pilatus à Stans était muni de points d’ancrage sous les ailes, ce qui lui permet, après quelques modifications techniques d’emporter des bombes.
Dernier épisode: en janvier 2008, des militaires français au Tchad déclarent à l’agence France-Presse qu’un camp rebelle au Darfour (Soudan) avait été bombardé par un avion Pilatus utilisé par l’armée tchadienne. En 30 ans, ce petit avion si vil, le PC-7, a opéré notamment en Birmanie, en Bolivie, au Guatemala, en Iraq, au Mexique et en Iran. Des PC-7 furent utilisés contre les zapatistes au Chiapas, en janvier 1994. Dans un message à un comité de solidarité suisse, le sous-commandant Marcos, de l’EZLN, le signalait par l’entremise de son scarabée-fétiche fictif : « Durito préfère que vous lui envoyez du chocolat plutôt que des Pilatus… ».
Dans sa préface, le journaliste Roger de Diesbach relève que sans journalisme d’investigation – fort menacé, à notre avis, par les tendances actuelles au sein des groupes de presse – la lumière aurait été difficilement faite sur l’usage militaire des PC-7. Car, « durant trente ans, le Département militaire fédéral et le Conseil fédéral ont pris les citoyens et les journalistes pour des imbéciles, distillant les explications les plus farfelues pour justifier la libre exportation de ces avions ». Cela n’a pourtant pas évité au gouvernement suisse des tensions diplomatiques avec des pays comme les USA, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Iran.
Notons aussi (vieux truc datant de la 1re initiative contre les exportations d’armes) que l’entreprise Pilatus aime à se poser en défenseur « des emplois menacés dans la région de Stans », réussissant à rallier les autorités et la population.
En résumé, une recherche documentée sur un aspect peu reluisant d’une Suisse, qui n’est depuis longtemps plus au-dessus de tout soupçon…
Hans-Peter Renk
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