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AccueilInternationalMonde • Sri Lanka : Non au massacre ! Solidarité avec le peuple tamoul
Sri Lanka : Non au massacre ! Solidarité avec le peuple tamoul PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 09 Mars 2009 22:00

Le 12 février 2009 à 20 heures, Murukathasan, un jeune ingénieur tamoul réfugié en Angleterre, s’est immolé par le feu sur la Place des Nations à Genève. Pour faire partager la tragédie que subit son peuple. Avec la conviction qu’une humanité généreuse pourra éveiller sa conscience à la cause du peuple tamoul et de tous les peuples.

[Lire la déclaration de Murukathasan]

Le Sri Lanka est indépendant de la Grande-Bretagne depuis le 4 février 1948. Il y a juste un mois, le président Rajapakse fêtait le 61e anniversaire du pays, auquel il impose sa loi nationaliste et raciste sous un déluge de feu.
    Pourquoi cette guerre de trente ans ? Plus de 70 000 personnes sont mortes dans les combats, des millions d’autres ont été déplacées sur l’île ou se sont réfugiées à l’étranger, l’exil menace à nouveau des centaines de milliers de personnes. De vastes régions du pays ont été dévastées et leurs ressources économiques pillées au profit d’une politique nationaliste à laquelle la classe dirigeante recourt en divisant pour régner.

Guerre totale contre les Tamouls

Au pouvoir depuis 2005, le président Rajapakse reprend aussitôt des hostilités qu’un cessez-le-feu avait suspendues en 2002. Début 2008, il le rompt officiellement pour déclencher une guerre totale contre les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) qui défendent la patrie traditionnelle de la minorité tamoule (18 % de la population actuelle) au nord et à l’est du Sri Lanka.
    Le bombardement des zones où les patriotes tamouls se battent encore frappe sans répit la population civile. La haine raciste que nourrissent les dirigeants sri lankais déchaîne l’armée contre les civils sans défense. Contre les femmes évidemment, désignées comme butin et systématiquement violées, contre les enfants, les vieillards, les blessés, les malades.
    Les images sont rares. Le régime, qui cache les massacres qu’il commet derrière le black out qu’il impose, semble sur le point de remporter une cruelle victoire militaire et de provoquer un désastre humanitaire. Il entend imposer son chauvinisme sanguinaire en réponse aux tensions suscitées par des décennies de discrimination et de racisme.

Racines historiques du conflit

En 1948, le premier gouvernement indépendant prive de citoyenneté plus d’un million de travailleurs-euses agricoles tamouls, que l’Empire britannique était allé chercher, dès le 19e siècle, au sud de l’Inde, pour les exploiter dans ses plantations de thé et de caoutchouc. Les Tamouls se voient ainsi refuser les droits politiques dans le nouvel Etat 1.
    En août 1953, un soulèvement populaire ébranle le nouveau pouvoir. Il réunit toutes les communautés – Tamouls, Cingalais et Musulmans 2 – contre la hausse des prix et les coupes dans l’aide sociale. Le ministère se réfugie à bord d’un navire de guerre britannique, dans le port de la capitale, et annule nombre de mesures contestées.
    La bourgeoisie sri lankaise, traumatisée par cette expérience, en tire la leçon habituelle des classes dominantes aux abois : diviser pour régner. Le gouvernement prône la suprématie cingalaise, exige que le cingalais devienne la seule langue officielle de l’île et exclut les Tamouls. Le pouvoir habille son racisme d’une rhétorique socialiste et de mesures d’aide aux pauvres.
    En 1965, dans le sillage des « années tiers-monde » se forme le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP, Front de libération nationale). Au début des années 1970, le gouvernement commence l’application des mesures d’austérité qu’exige déjà le FMI. Le tournant que prend un régime auquel participent des partis ouvriers suscite la colère. En 1971, il réprime sauvagement un soulèvement armé de jeunes Cingalais de la campagne, qu’avait soutenu le JVP : « l’ordre » est rétabli au prix de plus de 10 000 morts et de 15 000 interné·e·s dans des camps de concentration.

Flambée nationaliste cingalaise

Une fois de plus, le gouvernement stimule le communautarisme cingalais. Il baptise le pays République démocratique socialiste du Sri Lanka. Pas plus socialiste que démocratique, sa nouvelle Constitution feint d’éradiquer les vestiges de la domination britannique pour intégrer la discrimination des Tamouls. Ces derniers parlent leur langue et sont hindouistes. Le bouddhisme devient religion d’Etat et le cingalais, seule langue officielle. 
    Une soi-disant « nationalisation » met les grandes plantations de thé sous contrôle de dirigeants cingalais. Des milliers de travailleurs-euses agricoles tamouls sont déportés de force et leurs terres remises à des fermiers cingalais. Dans les zones de plantation, les personnes désignées à la déportation sont privées de gagne-pain. Beaucoup meurent de faim.
    Simultanément, le gouvernement « normalise » les examens d’entrée à l’université. Ce type de mesures est bien connu en Europe. En Allemagne, en France, en Pologne, il a été appliqué aux Juifs durant les années 1930. Il s’agit d’avantager les étudiant·e·s cingalais par rapport à leurs homologues tamouls. Nombre d’entre eux-elles se tournent ainsi vers le séparatisme du LTTE, qui vient de se créer, ou vers d’autres groupes armés.
    En 1980, le gouvernement répond à une grève générale contre la privatisation et les pertes d’emploi par le licenciement sommaire de plus de 100 000 travailleurs-euses. Pour détourner l’attention de la révolte sociale, il manipule des gangs de voyous qui commettent des pogroms. En 1981, la bibliothèque de Jaffna, capitale des Tamouls, est entièrement brûlée. Sa collection de manuscrits et de livres originaux est détruite.
    En juillet 1983, les Tamouls subissent de terribles émeutes racistes : trois mille morts, des milliers de maisons et d’entreprises brûlées. Des centaines de milliers de Tamouls prennent ainsi le chemin de l’exil. La Suisse découvre avec ces réfugié·e·s une question tamoule dont elle ne savait rien. Comme en 1938, à l’égard des Juifs, les autorités modifient la législation pour s’opposer à leur refuge. Le Sri Lanka entre dans la guerre civile.

Dans l’étau de la globalisation

Depuis 2005, la « solution finale » de la question tamoule est exigée par de puissants intérêts internationaux attachés au contrôle des grandes voies commerciales de l’Océan indien et soutenus par les Etats-Unis, l’Inde et la Chine. « La principale de celles-ci part de la mer Rouge, contourne la péninsule arabique, passe au sud de l’Iran, de l’Inde (où elle traverse littéralement l’île du Sri Lanka) et aboutit au détroit de Malacca. Elle permet le contrôle stratégique des débouchés commerciaux de toute l’Asie ainsi que du transit du pétrole du Golfe vers l’Asie orientale et constitue un des grands enjeux politiques de la région.» 3
    Les intérêts de la minorité tamoule sont de peu de poids par rapport à de tels enjeux. Ceci d’autant plus que les Etats-Unis ont le projet d’établir une base militaire dans le port de Trincomalee, au nord-est de l’île, en territoire tamoul, ce qui nécessite le contrôle gouvernemental de toute la région.
    Menant la lutte pour une solution séparatiste ou fédéraliste, le LTTE combat avec le plus grand courage les discriminations infligées aux Tamouls. Cependant, son isolement ne lui a pas permis de bâtir un nouveau régime social favorable aux masses populaires et susceptible de susciter la solidarité des masses cingalaises.
    Comment combattre la terreur qui frappe les Tamouls ? Comment imposer la fin immédiate et inconditionnelle de l’occupation militaire de la patrie tamoule au nord et à l’est du Sri Lanka ? Le moment n’est-il pas venu de développer un véritable mouvement de solidarité internationale avec ce peuple ?
    43 000 Tamouls et citoyens suisses d’origine tamoule vivent aujourd’hui en Suisse. Une raison de plus d’exiger du Conseil fédéral qu’il dénonce la guerre génocidaire menée par les autorités sri lankaises contre la minorité tamoule et qu’il réclame un cessez-le-feu immédiat pour assurer l’aide humanitaire dont la population civile a un urgent besoin et pour faciliter l’ouverture de négociations. La commission des affaires étrangères du Conseil national a demandé la suspension de toute expulsion de requérant d’asile tamoul. C’est la moindre! Nous devons aussi revendiquer la levée des restrictions à l’accueil de nouveaux réfugié·e·s.

Karl Grünberg
ACOR SOS Racisme
 
 
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