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Libre circulation: les racistes à l’affût PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 07 Février 2009 21:57

Dans le sillage que trace l’UDC, adversaire des bilatérales, s’écoule un racisme haineux. Mobiliser pour de véritables mesures d’accompagnement, c’est-à-dire pour des droits pour l’ensemble des salarié-e-s, et voter OUI aux bilatérales ne suffira pas. Il faudra aussi combattre le racisme sans se payer de mots.

Le renflouement de l’UBS a été décidé en un tournemain, alors que la droite, les associations patronales et le Conseil fédéral faisaient bloc contre une modeste avancée de l’AVS. Le choc a laissé un goût amer. Le chômage se développe avec les apparences d’un phénomène naturel. Les luttes sociales, comme celle des travailleurs de CFF Cargo, restent isolées. Le 8 février, nous voterons sur les bilatérales. Conseil fédéral, patrons et majorité parlementaire militent pour leur OUI, le nôtre est très différent.

Un OUI très consensuel

Mondiale, la récession du capitalisme frappe la Suisse et le rejet des bilatérales affecterait l’industrie d’exportation et donc l’économie suisse tout entière. Les sondages stimulent la mobilisation. Ils montrent que le résultat n’est pas acquis.

Les oscillations à la tête de l’UDC ont multiplié les ricanements. Blocher appuie puis retire son appui au référendum contre les bilatérales. Toni Brunner lui succède à la tête du parti et semble à la peine dans l’exécution des figures. La «classe politique» exprime une assurance prudente après la mauvaise élection du sphinx Ueli Maurer, l’intransigeance quasi-blochérienne d’Eveline Widmer Schlumpf et la posture anti-angéliste d’un Parti socialiste suisse qui fustige à son tour les «délinquants étrangers».

Le déchaînement de la haine raciale, les mains sombres qui saisissent les passeports suisses, les moutons noirs, les maux de ventre à Ankara… seraient du passé. Les corbeaux noirs feraient soft face à ces horribles images. Xénophobie officielle et racisme d’Etat peuvent poursuivre ce voyage au long cours qui jalonne tout le 20e siècle, et qu’actualise aujourd’hui la politique contre les ressortissants des pays qui n’ont pas les idées européennes (au sens large).

Banalisation de la haine raciale

L’émergence d’un phénomène nouveau ne doit-elle pas nous alarmer? L’UDC est devenue le plus grand des partis en banalisant la haine raciale. Son marketing politique pervertit le débat démocratique: on peut modeler le paysage politique sans pour autant gagner toutes les élections.

Le 17 janvier 2008, à l’initiative de Filip Dewinter, député d’Anvers et porte-parole du Vlaams Belang flamand, plusieurs mouvements nationaux et identitaires européens ont constitué l’organisation européenne «Les villes contre l’islamisation» et créé une structure commune1. La Lega Nord a déposé un projet de lois contre la construction de mosquées en Italie. Le 20 septembre 2008, une manifestation européenne a fédéré, à Cologne, les mouvements de la coalition des villes contre l’islamisation2. Le lobby islamophobe combat dans l’Europe entière la construction de mosquées. En Suisse, il est plus fort: la question y sera soumise au vote.

L’initiative du Comité suisse contre la construction de minarets a réuni plus de 108 000 signatures en 14 mois. Seize conseillers nationaux en font partie, dont quatorze appartiennent à l’UDC. Les deux derniers sont membres de l’UDF, la petite formation évangéliste apparentée à l’UDC. Des dizaines d’élu-e-s nationaux, cantonaux et locaux, de responsables UDC soutiennent le comité et orchestrent sur le terrain l’interface entre politique et rumeur.

Leur respectabilité favorise la diffusion des préjugés. Limité à une exigence d’ordre apparemment architecturale, leur texte échappe aux dispositions pénales réprimant la discrimination raciale et ne peut pas plus être accusé d’attenter à la liberté de croyance et de confession (Cst. suisse, art. 15).

L’islamophobie s’inspire de la judéophobie

Les kamikazes , les attentats du 11 septembre, ceux de Londres, de Madrid et de Bombay, autant d’agressions terroristes qui, à juste titre, ont suscité la peur. Mais cette peur est manipulée. Comme Frankenstein, composé de morceaux de corps, un ennemi nébuleux fait de fragments d’information menacerait la sécurité des villes, celle des femmes, mais aussi la paix et la démocratie.

La propagande amalgame le rejet des caricatures de Mahomet et les assassinats d’artistes, l’incivilité et les émeutes, le machisme et les crimes d’honneur, les minarets et l’invasion impérialiste.

Au sein de l’UDC, à l’extérieur de l’UDC, autour de l’UDC une galaxie identitaire travaille à radicaliser et à diffuser sa propagande raciste. Novopress, «agence de presse identitaire au service du combat contre les xénophiles et les collabos». Les prises de positions des porte-paroles de l’UDC et les rumeurs qui nourrissent la propagande côtoient les textes racistes et fascistes les plus explicites et les plus violents. «Ni vraie virtualité, ni fausses réalités», son slogan revendique la manipulation: «En nous transmettant des informations, en faisant circuler un article lu dans un journal ou sur le Net, vous contribuerez à l’élaboration d’une contre-information audacieuse et indépendante» pour expliquer «les véritables causes de tous ces “petits” événements qui pèsent tellement lourd dans notre vie quotidienne».

Novopress appartient au mouvement identitaire, dont un cadre tentait, le 14 juillet 2002, d’assassiner Jacques Chirac. «Contre les minarets? Stoppez l’immigration», lancent les Jeunesses identitaires genevoises pour expliquer leur soutien à l’initiative contre la construction de minarets3. Leur responsable collabore à la direction européenne du mouvement.

Trait d’union entre le militantisme «seutch»4 revendiqué par les Jeunesses identitaires et la base de l’UDC, le Mouvement Suisse Contre l’Islamisation (MOSCI). Les cadres des organisations de jeunesse de l’UDC constituent son Comité directeur5.

Le 24 décembre 2008, Novopress ouvre ses colonnes au député UDC Hermann Lei, qui planche sur «L’illusion des mesures d’accompagnement et la réalité de la situation juridique». Et le 3 janvier 2009, c’est au docteur en droit Mathias Müller, collaborateur scientifique de l’UDC suisse, d’affirmer sentencieusement que la clause guillotine qui frapperait les bilatérales en cas de succès du référendum est «Un couperet qui ne tombera pas».

Le conseiller national Oskar Freysinger, fer de lance du comité d’initiative pour interdire la construction de minarets, assure que les «judaïques» ne posent plus de problèmes. Les minarets, pour leur part, seraient les «phares du jihad».

L’antisémitisme a inventé le complot des Sages de Sion et l’islamophobie imagine une pieuvre terroriste aux millions de bras, suspectant ainsi toute personne de confession ou de culture musulmane.

Karl Grünberg
ACOR SOS Racisme


1     www.citiesagainstislamisation.com
2     solidaritéS, N°132, 21 août 2008, p. 4: «Cologne: L’extrême droite européenne ouvre la chasse aux musulmans» et N°133, 11 septembre 2008, p. 10: «Combattre l’islamophobie».
3    www.jigeneve.com/category/communiques/
4     «Seutch», verlan de Schweiz. Les Identitaires se livrent depuis quelques jours au collage d’affichettes de promotion de leur néologisme destiné à étiqueter sexy.
5     Mouvement suisse contre l’islamisation www.mosci.info
 
 
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