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Contre l'islamophobie... NON à l'initiative de l'UDC et aux mesures xénophobes qui la justifient! PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 10 Août 2009 21:10

Le 29 novembre 2009, l’initiative du « Comité contre la construction de minarets » sera soumise au vote. Elle aurait pu être invalidée. Les autorités s’y sont opposées mais appellent à la rejeter.

Le 4 mars 2009, Le Conseil fédéral était suivi par le Conseil national. Cependant, Alain Bovard, juriste à la Section suisse d’Amnesty International, s’alarmait, « c’est la première fois que la Suisse est appelée à voter sur un thème en relation étroite avec l’islam et il y a fort à craindre qu’au-delà des discussions juridiques, des peurs plus ou moins diffuses ne jouent un rôle important dans le débat ».
Le 5 juin 2009, le Conseil des Etats emboîtait le pas au Conseil national. Malgré Luc Recordon, qui ne doute pas que cette initiative viole le noyau fondamental des droits dans l’application du droit international public impératif. Malgré Claude Hêche, pour qui le seul effet de cette initiative discriminatoire sera de renforcer les peurs et les sentiments xénophobe: « la liberté religieuse et beaucoup d’autres bien sûr sont menacées par ce climat que certains veulent délétère ». Malgré Dick Marty, qui rappelait que le parlement avait jugé constitutionnelle l’initiative « Internement à vie pour des délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables » qui attente gravement à des droits fondamentaux, parce qu’il pensait que le peuple la rejetterait. « La liberté de croyance est une valeurs absolument intouchable et une interdiction constitutionnelle de la construction de minarets affecterait massivement la liberté de culte ».
Luc Recordon estime ainsi que, face à des initiatives qui, de facto, veulent obliger le peuple suisse à se prononcer sur une violation des textes fondateurs des droits humains « nous devons avoir le courage de marquer un coup d’arrêt ». Pas plus que le Conseil national ou le Conseil fédéral avant lui. Le Conseil des Etats n’a eu ce courage.

Complaisance, lâcheté, adhésion ?

La classe politique apporte de l’eau au moulin du racisme et de la xénophobie. Elle multiplie les lois qui soumettent « les étrangers » à un droit spécial, un droit à part. Elle conforte la conviction que « les étrangers nous menacent ». Elle nourrit l’illusion selon laquelle nous serions engagés dans un « clash des civilisations ».
Le 25 mai 2009, le Conseil des Etats a poursuivi le combat contre « les mariages fictifs », « les mariages blancs » que la nouvelle Loi sur les étrangers (LEtr) avait déjà renforcé il y a trois ans en permettant à l’officier d’état civil de refuser de marier Suisses et étranger-e-s. Désormais, ils devront dénoncer à la police des étrangers tout fiancé « séjournant illégalement en Suisse ».
Il faut rappeler que selon le Code civil « le mariage doit être annulé lorsque l’un des époux ne veut pas fonder une communauté conjugale mais éluder les dispositions sur l’admission et le séjour des étrangers » et que, dans un tel cas, la présomption de paternité du mari tombe ! Les racistes dénoncent une trahison de la race. La législation s’engage sur ce chemin.
Le 24 juin 2009, le Conseil fédéral durcit son contre-projet à l’initiative de l’UDC contre les délinquants étrangers, l’« initiative du renvoi ». Il condamne les criminels étrangers qui écopent d’une peine de prison d’un an au moins à être renvoyés de Suisse. Le président du PDC, Christophe Darbellay, chassant sur les terres de Freysinger, embouche le même jour les trompettes de la Sarkozy et annonce vouloir interdire la burqa. Le 24 juin toujours, le Conseil fédéral approuve l’avant-projet de modification de la loi sur les étrangers et d’autres dispositions légales qui prévoit des permis de séjour biométriques.

L’initiative « Contre la construction de minarets »

Elle a réuni 113 540 signatures en 15 mois, dont les deux tiers dans les seuls cantons de Zurich (29’ 542), Berne (18’ 530), Argovie (13’ 751) et Saint-Gall (11’ 658), qui concentrent plus de la moitié des membres de son comité de soutien. Deux tiers des 150 membres de celui-ci sont des cadres de l’UDC que renforcent une dizaine de membres de l’UDF, « parti politique de chrétiens de différentes appartenances ». Il comporte quarante Conseillers nationaux de l’UDC, dont le président du parti Toni Brunner, le président du groupe parlementaire Caspar Baader, et le conseiller fédéral Ueli Maurer.
Si l’initiative a réuni peu de signatures en Suisse romande, Jean Fattebert, Guy Parmelin, Jean-François Rîme sont engagés dans le comité de soutien aux côtés d’Oskar Freysinger et de Dominique Baettig, souvent cités par les groupes engagés dans le militantisme fasciste des Jeunesses identitaires et du Mouvement Suisse Contre l’Islamisation (MOSCI), qu’animent les responsables des jeunesses de l’UDC, que l’on retrouve dans le Comité de soutien à l’initiative.

Le Comité d’initiative prépare une propagande haineuse

Les minarets n’auraient pas de caractère religieux mais seraient le symbole d’une revendication contraire à la Constitution et au régime légal suisse. L’interdiction d’en construire ne porterait donc pas atteinte à la liberté religieuse. Ce projet poursuit deux objectifs. D’abord, celui de nier son propre racisme. Facile tour de passe-passe: pour combattre le racisme, la Suisse ne dispose que d’une norme pénale à laquelle l’initiative échappe. Elle n’est donc pas raciste. CQFD. Ensuite, celui de stimuler les préjugés racistes en manipulant «sentiment d’insécurité» et politique victimaire.
La propagande fera le reste. Les kamikazes, le 11 septembre, les attentats de Londres, de Madrid et de Bombay, autant de crimes terroristes qui ont suscité la peur à juste titre. La peur peut être manipulée. Comme Frankenstein est fait de morceaux de corps, un monstre nébuleux fabriqué de fantasmes et de fragments d’information menace la sécurité, les femmes, la démocratie… Evénements d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran ou d’ailleurs; burqa, incivilités ou charia : les minarets sont sigmatisés comme les signes d’une volonté impérialiste.

Karl Grünberg
ACOR SOS Racisme

 
 
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