Lettre ouverte à Laurent Moutinot :
Monsieur le Président,
Le 13 novembre 2007, constatant que les «Roms fuient la misère et le racisme à l’endroit de leur communauté dans leur pays d’origine» les autorités genevoises décident une politique troublante.
Elles n’appellent pas à la solidarité. Elles déplorent «l’implantation d’une population nouvelle» et annoncent des mesures qui seront prises à leur encontre.
Depuis lors, à plusieurs reprises «Me sem rom» a communiqué aux médias les abus dont des Roms ont été victimes.
«Me sem rom» nous apprend que des policiers genevois ont pris l’initiative d’apposer des indications humiliantes et illégales dans les passeports de Roms ayant subi leurs contrôles.
Les policiers auteurs de ces exactions ne peuvent sérieusement prétendre être dans l’ignorance qu’un tel procédé est illégal, puisqu’il est spécifié, en dernière page des passeports suisses :
«Toute modification non officielle, tout rajout ou toute note personnelle sur le présent passeport sont interdits».
Au début du 20e siècle, Juifs et Roms étaient en Suisse victimes d’un racisme identique.
Comment ne pas le rappeler ? Dès 1937, dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées, des autorités suisses commençaient spontanément d’apposer dans les papiers de réfugiés juifs le tampon J de triste mémoire dont le Conseil fédéral obtenait en octobre 1938, après 7 mois d’âpres négociations, l’apposition par les autorités nazies dans les passeports des Juifs allemands et autrichiens.
A qui les Roms ressemblent-ils aujourd’hui sinon aux Juifs d’Europe de l’Est qui fuyaient dès les années 1880 la misère qui leur était infligée dans l’empire des tsars, mouvement migratoire qui mit le feu aux poudres de l’antisémitisme ?
Le souvenir de la destruction des Juifs d’Europe continue de hanter notre monde qui refuse avec intransigeance et à juste titre l’antisémitisme.
Une même intransigeance est aujourd’hui nécessaire pour défendre les Roms, pour punir les agents délinquants qui les ont humiliés, pour mettre fin aux mesures qu’ils subissent et prendre des initiatives qui les protègent du racisme.
En vous remerciant par avance des initiatives que vous saurez prendre pour protéger les Roms du racisme je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre haute considération.
Pour ACOR SOS Racisme,
Karl Grünberg,
3 mai 2009
Cc: Office fédéral de la Justice ; Madame Monica Bonfanti ; Monsieur Daniel Zappelli ; Amnesty International ; Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) ; Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) ; Commission des droits de l’Homme du Grand Conseil; Commission fédérale contre le racisme ; Conseil des droits de l’Homme de L’ONU ; Haut Commissariat aux droits de l’Homme ; LSDH-GE ; «Me sem rom», Rapporteur spécial des Nations Unies contre le racisme.