Avec l’effondrement de l’Ancien Régime entre 1789 et 1917 sont tombés les pouvoirs théocratiques et la malédiction millénaire des juifs. L’émancipation de ces derniers était enfin à l’ordre du jour.
La Suisse sera parmi les derniers pays européens à l’accorder et un des premiers à la mettre en cause. Deux ans après l’introduction, en 1891, du droit d’initiative, la première initiative fédérale imposera, en 1893, l’interdiction de l’abattage rituel. La question a récemment suscité de nouvelles tensions. La minorité musulmane respecte également de strictes règles d’abattage et s’ajoute aujourd’hui à la minorité juive3.
Avec l’institution des Etats bourgeois (des Etats nations), les nationalismes qui les légitiment, créent l’image du Juif rapace, apatride et antinational4. Apparaît alors la «question juive», l’antisémitisme moderne5.
En ce temps là, les sionistes étaient rares à penser comme Theodor Herzl « (…) que l'on ne nous laissera pas vivre en paix (...) L'antisémitisme éclatera avec d'autant plus de violence qu'il se sera fait attendre. L'infiltration des Juifs attirés par l'apparente sécurité ainsi que l'ascension sociale des Juifs autochtones se conjuguent en un phénomène d'une extrême violence et provoque la catastrophe »6.
Quelques dizaines d’années séparent les slogans du massacre. Prise en étau, la communauté juive nourrit le socialisme internationaliste auquel les nationalismes européens casseront les reins et le nationalisme sionisme qui apparaît au déclin des empires coloniaux.
Héritière de deux mille ans d’empires, l’Europe multinationale se représente aujourd’hui Israël en horizon héroïque: de l’autre côté du mur, les barbares. Elle fait d’Israël le paradigme de l’Etat-nation au moment où celui-ci décline à son tour. La nouvelle organisation du marché mondial le bouscule et tant pis pour les peuples dominés ou colonisés, pour les migrants, les minorités privées de représentation politique et exclues de la démocratie.
Quel malheur que le monde juif dans sa très grande majorité croit devoir identifier la lutte contre l’antisémitisme à l’inacceptable adhésion au colonialisme israélien et à l’impérialisme occidental. La lutte contre l’antisémitisme ne fait sens que dans le combat contre toutes les formes du racisme7.
Fallait-il que l’essentiel des organisations communautaires juives s’associe aux efforts entrepris pour disqualifier la Conférence d’examen de Durban ?
Vendredi 27 février 2009, le Département d’Etat américain annonçait que les Etats-Unis s’opposaient au projet de déclaration et ne participeraient pas à la conférence.
Mardi 3 mars 2009, le Congrès juif européen demande aux pays de l’Union européenne de boycotter la Conférence de l'ONU contre le racisme .
Jeudi 5 mars 2008, le ministre des affaires étrangères italien Franco Frattini décide que l'Italie retirait sa délégation car elle n'approuve pas le projet de déclaration qui contient des phrases inacceptables, agressives et antisémites», déclare à l'AFP un porte-parole du ministère.
Et vendredi 6 mars c’est le Royaume-Uni qui conditionne sa participation à la conférence. Selon le ministre britannique Mark Malloch-Brown le document «doit se concentrer sur les formes actuelles de racisme», en référence à des passages du texte qui demandent des réparations pour l'esclavage pratiqué dans le passé. «Nous ne pouvons soutenir un processus biaisé, que ce soit contre l'Occident ou contre des pays en particuliers», a-t-il poursuivi en faisant allusion aux critiques contre Israël que les pays occidentaux veulent voir retirées du document
8.
Le 8 mars, un communiqué de la LICRA demande que la France suive l’exemple de l’Italie. Elle estime que l'initiative prise par le gouvernement italien «doit entraîner un retrait massif des Etats membres de l'Union Européenne de cette mascarade» refuser et ne semble pas gênée que cette initiative est celle de l’Italie de Berlusconi où sévit une vague de racisme inquiétante qu’attisent les partis composant la majorité gouvernementale
9.
Mardi 10 mars, le quotidien catholique La Croix informe que le député UMP de Paris, Claude Goasguen, invite «les députés à se mobiliser pour obtenir une décision claire et publique du gouvernement français, en rejoignant l'appel parlementaire pour le retrait de la France des travaux de Durban II» et demande le «retrait» de la France des travaux de préparation de la conférence de Genève. La Croix rappelle que l'Italie a annoncé vendredi 6 mars qu'elle ne participerait pas à la conférence en invoquant des «phrases inacceptables, agressives et antisémites» et que «la conférence de 2001 s'était terminée dans la confusion, certains participants lui reprochant une connotation antisémite»
10.
Faut-il allonger ? Le maire PS de Paris Bertrand Delanoë a suivi en estimant, mercredi 11 mars dans un communiqué, que la France devait refuser de participer à la conférence «Durban II» de l'ONU contre le racisme car, selon lui, sera-t-elle «une mascarade», «l'Etat d'Israël y est accusé d'être par essence raciste
11.
Et le 11 mars 2009, ce sont l'Association Suisse-Israël (ASI), la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la plate-forme des juifs libéraux de Suisse (PJLS), qui expriment leur crainte que la Conférence ne soit instrumentalisée en une nouvelle tribune antisémite et anti-israélienne et soutient que sa position est aussi celle de l'Union Européenne.»
12 Enfin, le 12 mars 2009, l’ATS communique que le Conseil fédéral, pour sa part, décidera «en temps utile» de la participation de la Suisse après l’appel de plusieurs organisations juives de Suisse exigeant que Berne au boycott de la Conférence contre le racisme si l'actuel projet de résolution n'est pas modifié car, selon elles, il «instrumentalise» la Conférence en une «tribune antisémite»
13.
Et le 16 mars, l’AFP informe que l'UE menace de se retirer en bloc de la conférence de Durban II si ses documents préparatoires ne sont pas modifiés. Elle rappelle que le Congrès juif européen avait appelé début mars les pays de l'UE à boycotter une conférence qualifiée de «tribunal anti-israélien». Et que l'Allemagne s'est clairement prononcée lundi pour un retrait de l'UE de cette conférence, à défaut de modification substantielle de documents. préparatoires qui pour l'instant « (suggéreraient) que la conférence pourrait être détournée, avec des prises de position partiales sur le conflit au Proche-Orient»
14.
Mardi 17 mars 2009, dans l'espoir de couper court aux menaces de boycott des pays occidentaux, le groupe de travail préparant la Conférence a diffusé un projet de déclaration finale consensuel et nettoyé des points de discorde
15. Les quatre conditions que les Etats-Unis avaient fixées le 27 février 2009 semblent aujourd'hui satisfaites.
Lundi 30 mars, le Congrès Juif Européen et le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) organisaient au Parlement européen le symposium “Construire ensemble l’avenir de l’Europe. Le combat contre l’antisémitisme, la défense des valeurs européennes et de la coexistence”. L'événement était placé sous le patronage de la présidence tchèque de l'Union européenne, du Parlement européen et de son président Hans-Gert Pöttering et était assuré de la participation de la Commission européenne et de son Vice-Président Jacques Barrot.
Jacques Barrot déclarait à cette occasion, «Je vous assure ici que je suivrai la préparation de cette conférence personnellement et très attentivement. Je veux être sur que l'acquis communautaire sur la lutte contre le racisme et la xénophobie, y compris l'antisémitisme et la discrimination, ne sera pas compromis (…) S'il le faut, nous sommes prêts à faire appel aux Etats membres pour qu'ils se retirent, tout comme l'UE, de ce processus s'il y avait avant ou pendant la conférence une violation claire des valeurs qui sont au cœur de l'UE»
16.
Aux côtés des communautés juives, de nombreux intellectuels dénoncent la menace islamiste contre les femmes et la laïcité, l'antisémitisme musulman.
Leurs prises de position s’amoncellent. Le 3 mars 2009, Bernard-Henri Lévy note que la conférence de Genève « laisse présager le pire. Israël plus que jamais mis en accusation car fondé, dit-on, sur un «apartheid». Le 30 mars 2009, Michel Danthe fait dire à Mireille Vallette que «non seulement (les) leaders musulmans ne peuvent s’adapter à notre démocratie, mais (qu’)ils tentent de la pervertir»
17 . Selon Denis Etienne, cette dernière n’exclurait pas de s’abstenir de voter à l’initiative anti-minarets «s’il n’y a pas un réel débat (…) entre autres sur les conséquences qu’a engendré l’intégrisme sur nos libertés et sur la condition féminine musulmane»
18.
Karl Grünberg
ACOR SOS Racisme
21 03 09 Haaretz, Uri Blau, « Victimes de la mode : T-shirts imprimés pour des unités de l’armée israélienne »,
Traduction par Michel Ghys

Motifs obscènes commandés par des soldats du 13ème Bataillon de la Brigade Golani et des diplômés du cours de snipers de la brigade d'infanterie Carmon.

T-shirts imprimés à la demande de soldats de Tsahal. À droite unité de spécialistes en explosifs du 13ème Bataillon de la Brigade, brevetés en cours de snipers. Inscription sur le T-shirt de gauche : "plus c'est petit, plus c'est dur". Sur le T-shirt de droite : "seul Dieu pardonne"

Un motif commandé par des soldats de la Brigade d'infanterie Givati fin 2008. Auparavant ce motif n'avait pas été approuvé par le commandement d'une autre untité. Le texte dit : "chaque mère arabe doit savoir que le sort de son fils est entre mes mains".
À droite T-shirt de l'unité de snipers du bataillon Shaked de la Brigade Golani : "I balle, 2 morts"
À gauche T-shirt du bataillon Harouv de la brigade Kafir : "Nous ne nous reposerons pas tant que nous n'aurons pas tué".