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Centrale chaleur-force des SIG au Lignon: Les raisons du soutien de principe des antinucléaires de ContrAtom PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 10 Mai 2009 21:05


L’association antinucléaire genevoise ContrAtom a pris position en faveur de la construction par les Services industriels genevois (SIG) sur leur site du Lignon à Vernier d’une nouvelle centrale chaleur force à cycle combiné (CCGT) alimentée au gaz naturel. Nous reproduisons ici un résumé de cette position… [À noter que le débat est encore ouvert au sein du mouvement - lire à ce sujet l'article "Centrale à gaz du Lignon : ni nucléaire, ni effet de serre !" prenant position contre la centrale.]

Cette centrale aura une puissance électrique de 60 MW et une puissance calorifique de 40 MW, cette chaleur étant distribuée par le réseau de chauffage à distance des SIG, en cours d’extension, auquel la centrale sera reliée. Elle fera passer la production électrique du canton de 25% à 38% environ de la consommation actuelle de celui-ci et à un pourcentage bien sûr plus élevé de la consommation électrique réduite, qui est un objectif central de ContrAtom et un objectif officiel de la politique cantonale de l’énergie.

Une position antinucléaire constante

Cette décision de ContrAtom rejoint la position constante du mouvement antinucléaire qui a toujours – dans ses scénarios de sortie du nucléaire – mis entre autres en avant la réalisation de centrales de ce type – comme mesures transitoires. Citons à ce propos un dépliant du réseau français «Sortir du nucléaire»: «Dans une période de transition, il faut développer centrales thermiques classiques, centrales au gaz à cycle combiné, installations de cogénération, piles à combustible… en favorisant les moins polluantes et les plus efficaces...»

En outre, ce soutien reflète la volonté de ContrAtom de défendre pour Genève un approvisionnement en électricité maîtrisé et sujet à un contrôle démocratique local, qui dépende le moins possible du «marché» libéralisé de l’électricité et de fournitures à distance par le réseau de lignes à très haute tension.

Ce soutien doit évidemment s’inscrire dans lutte renforcée pour l’utilisation plus rationnelle de l’énergie et pour les économies d’énergie, électrique en particulier. Mais, malgré son haut rendement énergétique, découlant notamment de l’utilisation de la chaleur, cette centrale n’est pas sans poser des problèmes. Il y a celui du recours à une énergie non-renouvelable, celui de sa production de C02. et enfin celui du risque que la «transition» représentée par cette centrale, soit une transition… vers les nouveaux réacteurs nucléaires, que le lobby atomique se bat pour mettre en chantier dans ce pays. ContrAtom a débattu de ces problèmes et des oppositions à la centrale.

Hypocrisie du parti radical et division des Verts

A ce sujet: deux partis genevois se sont prononcés contre cette installation. Le premier d’entre-eux est le parti radical. Cette opposition d’un parti bourgeois – clairement pronucléaire sur le plan national – est trompeuse, incohérente et hypocrite. Trompeuse d’abord, parce que le parti radical dénonce cette modeste centrale chaleur-force, comme si c’était une nouvelle centrale nucléaire qu’on voulait construire à Genève. La section de Vernier du parti agite de manière indécente le spectre de Tchernobyl à ce sujet avec son slogan «NON à Verniobyl!». Ils mettent systématiquement sur le même plan le nucléaire et une production électrique au gaz. En fait, c’est une manière insidieuse de banaliser et de rendre moins inacceptable le risque nucléaire. Certains radicaux ont même proposé d’inscrire dans la constitution genevoise une interdiction de toute nouvelle centrale fonctionnant aux hydrocarbures, de même rang que l’interdiction du nucléaire, inscrite dans l’art. 160E de celle-ci.
Cette position est hypocrite, de la part d’un parti, qui refuse de prendre la moindre mesure radicale contre le trafic et les transports automobiles privés qui sont évidemment l’une des cibles indispensables de toute politique cohérente de réduction des émissions de CO2 dans le canton le plus motorisé de Suisse. En fait, le député radical (et par ultralibéral) Pierre Kunz s’exprimant dans la Tribune de Genève cet été à ce sujet livrait l’une des clés de cette position. «Faut-il rappeler que c’est à la Confédération et pas aux cantons que revient la tâche d’assurer l’approvisionnement énergétique sûr et pérenne du pays?» écrivait-il. En clair, pour cet ancien directeur du méga-centre commercial de Balexert, l’un des pires gouffres énergétiques du canton, axé sur la bagnole, il faut laisser la Confédération bénir la construction de centrales nucléaires et renoncer à toute velléité d’agir localement dans un autre sens.

L’autre parti qui s’est opposé à cette centrale (à 38 voix contre 20 dans une récente AG) c’est les Verts genevois. En résumé, leur opposition se fonde sur le refus d’une production non-renouvelable productrice de CO2 et sur l’idée que l’investissement dans cette centrale pourrait et devrait être redirigé vers des programmes d’économie d’énergie et le développement à long terme des renouvelables.

Quelques arguments

En apparence séduisante, cette position n’a pas convaincu à ContrAtom. En effet, elle ne prend pas en compte les faits suivants:

•La prochaine grande bataille autour de la politique énergétique en Suisse, sera la votation référendaire fédérale, dans deux ou trois ans au plus, autour du premier projet de nouvelle centrale nucléaire en Suisse. Obtenir un NON populaire massif à Genève est indispensable et ce sont d’abord les milliards investissements dans cette source d’énergie mortelle qu’il faudrait rediriger vers les renouvelables et l’utilisation rationnelle de l’énergie, plutôt que ceux dans une centrale qui correspond à une revendication «historique» des antinucléaires. En outre, une centrale comme celle du Lignon est un argument pour  convaincre qu’on peut se passer rapidement du nucléaire et assurer une transition vers les renouvelables sans nouvelle centrales atomiques. C’est seulement en se plaçant dans une optique de défaite définitive dans cette bataille-là que la centrale du Lignon jouerait un rôle objectif de «transition» vers un approvisionnement atomique relancé.

• La centrale du Lignon a deux avantages. Elle représente un modèle de production électrique d’origine fossile relativement optimal. Elle est ainsi un contre-exemple face aux grandes centrales à gaz prévues dans ce pays qui ne recycleraient pas la chaleur ou aux investissements étrangers dans des centrales à charbon ultra-polluantes en Pologne ou ailleurs… Si on brûle encore des hydrocarbures pour un temps à Genève, c’est plutôt comme ça qu’il faut le faire et que dans les embouteillages du pont du Mont-Blanc...

• Ensuite, elle place clairement la pierre du CO2 rejeté dans notre jardin à Genève. Certes, malgré la substitution de nombreuses chaudières à mazout plus polluantes, la CCGT du Lignon se soldera par un rejet de CO2 nouveau de 70 000 tonnes environ par an (pour des rejets globaux du canton actuellement de l’ordre de 2 millions de t/an). Mais le défi de compenser ces rejets supplémentaires – à 100% Genève et non, même partiellement, à l’étranger par l’achat de «certificats» – est précisément un défi à relever qui peut et doit servir de point d’appui pour exiger des programmes d’assainissements énergétiques du patrimoine bâti, mais aussi de réduction sérieuse du transport privé. Dans ce domaine, les Verts ont du chemin à rattraper, rappelons qu’ils s’étaient opposés au projet de rendre gratuits les transports en commun…

• Les Verts ont parfaitement raison de dire qu’il faut des investissements massifs dans les économies d’énergie et les renouvelables. Mails ils ont tort de raisonner «en vase clos», comme si ces dits investissements devaient «provenir» du refus de la centrale du Lignon. Celle-ci coûtera en tout (avec l’extension du réseau de chauffage à distance) quelque chose comme 200 millions de francs d’investissements, à amortir sur une vingtaine d’années. Grosso modo ce que Genève a «investi» dans le stade foireux de la Praille! Moins de la moitié de ce que Genève perd, chaque année, suite aux cadeaux fiscaux à répétition faits aux plus nantis ces dernières années. La collectivité publique genevoise a les moyens – et le devoir – de dégager des sommes bien supérieures pour faire face à la crise énergétique et climatique. Cette bataille là mérite mieux qu’un combat aux côtés des radicaux pour couler la centrale chaleur-force des SIG au Lignon.

Pierre VANEK
 
 
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