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AccueilEcosocialismeEnergie • Centrale à gaz du Lignon: ni nucléaire, ni effet de serre !
Centrale à gaz du Lignon: ni nucléaire, ni effet de serre ! PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 10 Mai 2009 21:13
 
En réaction à la position favorable des antinucléaires de ContrAtom, parue dans le numéro 135 de solidaritéS, nous publions ici la position d’un nouvel adhérent au mouvement, membre du ROC (Réseau Objection de Croissance) et fermement opposé à ce projet de centrale. [Le débat est en effet encore ouvert au sein du mouvement - lire à ce sujet l'article "Centrale chaleur-force des SIG au Lignon: Les raisons du soutien de principe des antinucléaires de ContrAtom" prenant position pour la centrale.]

Le GIEC (1) est formel : les pays « développés » doivent réduire leurs émissions de 25 à 40 % en 2020 et de 80 à 95 % en 2050. Avec une condition importante : les émissions doivent atteindre un sommet au plus tard en 2015. Sans quoi nous risquons de dépasser des « points de rupture climatique » irréversibles. Les choix énergétiques d’aujourd’hui seront donc lourds de conséquences demain.
    
L’énergie nucléaire est dangereuse à tout point de vue et nous devons, au cours de cette première moitié de siècle, sortir du nucléaire. Mais, face aux générations futures, nous avons un devoir tout aussi impérieux de diminuer les émissions de GES. Nos pays ont le devoir moral de montrer l’exemple et de s’opposer à toute nouvelle construction de centrale nucléaire ou fossile, y compris les moins inefficaces d’entre elles, comme le projet des SIG.

20 000 pendulaires supplémentaires par jour

Diminuer nos émissions de 25 à 40 % d’ici à 2020 implique de sortir de l’illusion des «compensations», que celles-ci soient effectuées à l’étranger ou localement. Car la compensation (même locale et totale) d’émissions supplémentaires aboutirait au mieux à une stagnation globale, alors que ce que recommandent les climatologues, c’est bien une décroissance du CO2 dès 2015.

    Certes, il faut évidemment en finir avec la civilisation de l’automobile qui provoque des « embouteillages sur le pont du Mont-Blanc ». Mais chaque journée de fonctionnement de la centrale équivaudrait, en termes de CO2, aux émissions quotidiennes de 20 000 pendulaires supplémentaires parcourant 25 km en voiture ! Les quelques maigres progrès effectués en matière de transfert modal ces 30 dernières années seraient ainsi annulés.

Le gaz : une transition… vers le nucléaire?

L’un des arguments des antinucléaires « historiques » est que le gaz serait une bonne énergie de transition. Mais vers quoi ? En fait, le gaz est une excellente énergie de transition… vers le nucléaire ! Comme l’expliquait récemment Michael Wider (directeur de la holding qui regroupe EDF, EOS et Atel) dans le journal Le Temps : « La construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse va prendre environ 20 ans, d’où la nécessité absolue de trouver une solution intermédiaire pour assurer l’approvisionnement en électricité dans l’intervalle. La solution transitoire la plus adaptée serait de recourir aux centrales à gaz naturel.»

    Ces centrales à gaz « transitoires » sont donc un obstacle à la sortie du nucléaire car elles nous maintiennent dans la logique productiviste qui est à l’origine de l’idée qu’on ne peut pas se passer d’une énergie surabondante (qui fait le lit des nucléocrates et des multinationales du pétrole). (2)

    Le gaz ne permet pas plus une transition vers le « tout-renouvelable ». Si les technologies (solaire, éolien, géothermie) ont progressé ces dernières années, elles sont encore incapables de rassasier notre boulimie énergétique toujours croissante. Ces énergies « vertes » représentent certes une partie de la solution, mais on ne peut pas fonder nos espoirs sur le fait que, dans 20 ans, la technologie aura assez évolué pour nous « sauver miraculeusement » sans que nous n’ayons auparavant opéré un changement radical dans nos modes de production et de consommation. Une nouvelle centrale permet donc aux défenseurs du statu quo d’acheter du temps pour mieux remettre à plus tard les indispensables mesures de sobriété énergétique qui doivent conduire au renversement du productivisme.

Changer le monde, pas le climat !

La priorité doit aller à un plan massif d’économies d’énergie. Une grande partie de l’électricité produite aujourd’hui est gaspillée (surproduction industrielle, appareils en veille, ampoules à incandescence, éclairage public gourmand, etc.). Nous devons combattre ces « mésusages » et non les encourager en produisant toujours plus ! Construire une nouvelle centrale pour lutter contre la pénurie sans questionner les usages relève donc de la même logique de fuite en avant que de construire une nouvelle prison pour lutter contre la surpopulation carcérale sans jamais s’interroger sur la politique répressive.

    Pour inciter à la sobriété énergétique tout en améliorant la justice sociale, on pourrait instaurer une gratuité puis une progressivité très forte du prix du KWh en fonction de la consommation. Rien ne justifie de payer le même prix le KWh pour allumer sa cuisinière ou pour laisser des bureaux allumés toute la nuit. Pour le chauffage, la priorité doit être mise sur l’assainissement des bâtiments (en contraignant les propriétaires à rénover avec les plus hauts standards), les doubles-vitrages et les chaudières à « pellets de bois ». Nous pouvons aussi augmenter la production d’énergie solaire du canton, ce qui nous libérerait – et pour le coup, durablement – d’une partie de notre dépendance énergétique envers l’extérieur. Si besoin, une nouvelle centrale hydraulique (cf. le projet de Conflan) permettrait à elle seule de couvrir 50 % de la production électrique de la centrale à gaz, sans émettre de CO2. Si cela devait ne pas suffire, il existe encore, en dernier recours, la solution d’investir dans l’éolien en Suisse ou en Europe du Nord.

    Bref, les solutions existent. Il ne manque donc que la volonté politique… que nous devons contribuer à insuffler, sans quoi « l’écosocialisme » pourrait ne rester qu’un vain slogan.

Thibault Schneeberger

1    Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat
2    Il faudrait encore dire un mot du fait que les ressources en gaz ne sont – de loin – pas illimitées, et que le prix du gaz devrait, en conséquence, dans les prochaines décennies, suivre une courbe ascendante vertigineuse comme l’ont fait les prix du pétrole jusqu’en juillet 2008
 
 
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