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AccueilAgenda • 20.04.09 : De Varsovie à Gaza: Mémoire et Responsabilité
20.04.09 : De Varsovie à Gaza: Mémoire et Responsabilité PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 19 Avril 2009 22:44

solidaritéS vous invite à la soirée...

De Varsovie à Gaza: Mémoire et Responsabilité



organisée par le Réseau international juif antisioniste (www.ijsn.net) et les Universitaires pour la paix israélo-palestinienne (FFIPP) avec l'appui du Collectif Urgence Palestine

CE LUNDI 20 AVRIL 2009 à 19h00
à Genève, Uni-Mail (Bd Pont-d'Arve 40)

Salle MS150*

 

Conférence et discussion avec
Marc Ellis directeur du centre d’études juives à l’université de Baylor au Texas (USA). Inspiré par la théologie chrétienne de la libération originaire d’Amérique Latine, ce théologien juif a développé des réponses à la violence impériale et coloniale, en particulier en ce qui concerne l’oppression du peuple palestinien.

Eric Hazan écrivain et dirige la maison d’édition La Fabrique éditions. Parmi ses ouvrages: L’Invention de Paris; Chroniques de la guerre civile; LQR, la propagande du quotidien; Notes sur l’occupation, Naplouse, Kalkilyia, Hébron; Changement de propriétaire, la guerre civile continue; L'insurrection qui vient. Eric Hazan avait participé au réseau de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie. Comme Ellis, il défend les droits du peuple palestinien et dénonce le silence d’une majorité des Juifs face à l’oppression des Palestiniens.

* L’Université de Genève est étrangère à cette manifestation.


L’holocauste entre devoir de mémoire et instrumentalisation


Texte de présentation de Gabriel Ash, militant du Réseau international juif antisioniste (IJAN)

Lundi 20 avril, à l’occasion de l’ouverture de la « Conférence d’examen de Durban » de l’ONU, sur la Place des Nations se tiendra une cérémonie de commémoration de l’holocauste avec des personnalités comme Elie Wiesel et Bernard-Henri Lévy. Le même soir IJAN, une organisation antisioniste juive organise à Genève une conférence publique avec Marc Ellis et Eric Hazan sur les thèmes de la mémoire et de l’instrumentalisation de l’holocauste et des responsabilités de Juifs dans l’oppression du peuple palestinien.

En 2001 à Durban, la « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée », avait adopté pour la première fois une condamnation de l’esclavagisme comme « crime contre l’humanité » et amené les anciennes puissances coloniales à proférer à contrecœur des excuses pour l’esclavagisme et le colonialisme. Le forum de la société civile qui s’était déroulé en parallèle à la conférence de l’ONU, avait été encore plus loin en qualifiant l’occupation israélienne de colonialiste, marquée par des «méthodes racistes relevant du système d’Apartheid israélien» inscrites dans un « système raciste ». Ces positions, partagées par de nombreuses personnalités reconnues dans le domaine des droits humains, constituaient une menace pour la poursuite du soutien des Etats du Nord à la politique israélienne de nettoyage ethnique de la Palestine. Depuis lors beaucoup d’efforts ont été produits pour disqualifier le processus de Durban, notamment avec l’accusation d’antisémitisme. Dans une lettre envoyée le 31 mars 2009 à différentes organisations suisses, la Fédération Suisse des Communautés Israélites (FSCI) après avoir rappelé qu’en 2001 le Forum des ONG «a été le théâtre d’une propagande anti-israélienne et antisémite sans pareille» invite les destinataires « à ne pas accepter ni tolérer des débordements racistes et antisémites ou de la propagande radicale de tout genre contre Israël »

De tels propos conviennent aux pays encore confrontés aux conséquences de leurs histoires coloniales comme les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie qui cherchent à éviter de devoir se confronter avec leur propre culpabilité. Les accusations d’antisémitisme qui s’attaquent à des demandes de justice légitimes discréditent ces demandes et empêchent de faire valoir l’application des principes universels des droits humains. De même, ces accusations banalisent le racisme anti-juif réellement existant.

Depuis plusieurs mois, la préparation de la Conférence d’examen de Durban donne lieu à une très intense activité diplomatique. Sous prétexte d’éviter tout relent d’antisémitisme, les pays occidentaux multiplient les efforts pour empêcher une mise en accusation explicite de la politique discriminatoire de l’Etat d’Israël envers la population palestinienne, que ce soit à l’intérieur d’Israël ou dans les territoires occupés. Toute référence à la Palestine a été enlevée du projet de déclaration finale. Les efforts sont tout aussi intenses au niveau des ONG: le financement du forum de la société civile est quasi inexistant comparé à Durban et toute discussion sur la discrimination dont sont victimes les Palestiniens a été bannie des évènements organisés dans le cadre onusien.

L’instrumentalisation de l’holocauste

Les tentatives d’occulter l’oppression du peuple palestinien et de l’empêcher de se prévaloir du droit international pour se défendre sont renforcées par les utilisations de la mémoire de l’holocauste qui servent souvent à canaliser le sentiment de culpabilité européen (au demeurant entièrement approprié) vers un soutien inconditionnel pour Israël. Ce lien sera mis en scène de manière patente à Genève le 20 avril. Le jour d’ouverture de la conférence de suivi de Durban coïncide en 2009 avec le jour où Israël célèbre officiellement « Yom Hashoah », le jour de la commémoration de l’holocauste. La date n’a aucune référence historique si ce n’est de se trouver à proximité de la date anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie. Elle a été décidée de manière à avoir lieu huit jours avant le jour où Israël fête son indépendance. Par cette juxtaposition, on a voulu créer une continuité symbolique entre l’holocauste et la création de l’Etat d’Israël et donner ainsi une justification pour le nettoyage ethnique qui a commencé en 1948. En cette année 2009, des organisations juives prévoient une commémoration extraordinaire sur la Place des Nations avec la participation de célébrités comme le survivant d’Auschwitz et prix Nobel Elie Wiesel et le très médiatisé Bernard-Henri Lévy. L’engagement de Wiesel en faveur des opprimés n’a jamais inclus les Palestiniens. Il n’a pas prononcé un seul mot en ce début d’année, quand Israël tuait 1417 Palestiniens à Gaza, dont 926 civils, 313 enfants et 116 femmes dans une expédition punitive unilatérale contre une population sans défense.

L’objectif de l’évènement qui se déroulera devant l’ONU le jour d’ouverture de la conférence de suivi de Durban est d’utiliser l’holocauste pour réduire au silence les appels pour la justice et pour la défense des droits du peuple palestinien.

Il est nécessaire de procéder à un examen honnête de l’utilisation qui est faite de la mémoire de l’holocauste pour des objectifs peu avouables : non pas pour prévenir d’autres souffrances et atrocités, ni pour la défense de la dignité humaine, mais pour couvrir les responsabilités de ceux qui ont commis des violences racistes et pour faire taire les demandes pour la justice, la liberté, l’égalité et la restitution. Cela est particulièrement vrai dans le cas des Palestiniens, dont l’oppression est directement défendue en faisant référence à l’holocauste. Mais cela est vrai pour beaucoup d’autres groupes opprimés puisque le fait de rendre l’holocauste un fait exceptionnel, quasi inexplicable et sans comparaisons sert à banaliser ou réduire la portée d’atrocités commises aujourd’hui et à donner un alibi commode à des pays occidentaux confrontés à des accusations de racisme. Cet examen ne doit en aucun cas minimiser les horreurs du génocide nazi. Mais nous avons besoin de réfléchir de manière approfondie sur le vrai poids moral du passé que nous voulons assumer. A quoi bon la mémoire? Ne doit-elle pas questionner nos actions tout autant que celles des autres ? Comment faire travailler cette mémoire de manière à rendre justice à toutes les victimes et à demander la justice à tous les responsables, de hier et d’aujourd’hui, tout en sachant que ces catégories ne sont ni absolues ni mutuellement exclusives ?

 

 
 
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